Mis à jour le 20 novembre 2019

Vous étiez 50 à participer au Climatour « Arbres en agriculture : solutions pour le climat ! » du 26 septembre, merci pour votre présence et vos contributions ! En attendant la vidéo de capitalisation, retour sur la visite de terrain et panorama des acteurs partenaires et participants qui ont fait toute la richesse de cet événement.

L’agroforesterie est un mode d’exploitation des terres agricoles associant des arbres et des cultures ou de l'élevage. Cette association présente de nombreux atouts face aux défis environnementaux actuels pour atténuer le changement climatique et adapter les territoires ruraux aux changements à venir. Afin de dégager ces enjeux croisés, le Cerdd, en partenariat avec la Chambre régionale d’Agriculture Hauts-de-France et l’Association Planteurs Volontaires, ont organisé la visite de terrain de deux exploitations en agroforesterie dans le Santerre, avec les contributions de nombreux acteurs de ces démarches.

L’agriculture a un rôle prépondérant à jouer dans la lutte contre le changement climatique

Alors que le GIEC vient de produire un rapport spécial sur les liens entre préservation des sols et changement climatique, Emmanuel LEVEUGLE, élu à la Chambre d’Agriculture régionale Hauts-de-France, rappelait en plénière d’ouverture du Climatour : « L’agriculture produit des gaz à effet de serre et des particules, mais elle est aussi contributrice pour limiter le changement climatique. » Pris ensemble, l’agriculture, la foresterie et le changement d’utilisation des terres comptent pour au moins 1/5 du total des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). En réduisant ses consommations d’énergie et de produits phytosanitaires à forte empreinte carbone, l’agriculture peut réduire sa contribution au bilan des émissions régionales dont elle représente actuellement 15 % (avec la sylviculture).

De même, parce qu’il agit directement sur les sols et l’aménagement des espaces, le secteur agricole peut contribuer considérablement à la fixation de carbone, levier essentiel d’action pour lutter contre le changement climatique.

Considérant que le réchauffement planétaire est engagé et déjà sensible dans nos régions, l’agriculture peut également agir pour s’adapter à cette situation et réduire ses vulnérabilités en faisant évoluer ses pratiques tout en maintenant rendement et compétitivité. Des sécheresses de plus en plus fortes et fréquentes aux fortes pluies hivernales qui entraînent inondations et coulées de boues régulières, les agriculteurs doivent trouver des solutions à la croissance inéluctable de ces risques.

L’agroforesterie répond à ces différents enjeux.

L’agroforesterie renforce la résilience des exploitations agricoles

L'agroforesterie propose des réponses. En associant sur une même parcelle arbres et cultures, elle contribue à la régénération des sols, au retour de la biodiversité, tout en produisant de la biomasse et donc du stockage de carbone. L'accueil d'auxiliaires des cultures dans les haies peut permettre de réduire les apports de pesticides. Mais c'est aussi une mesure qui apporte de l'ombre, protège du vent, réduit l'érosion des sols,... bref contribue à l'adaptation du système agricole et des territoires ruraux au changement climatique.

L’agroforesterie peut s’adapter à de très nombreux systèmes d’exploitation : maraîchage, vigne, grandes cultures... Les expérimentations de l’Inra avec la participation d'agriculteurs ont montré que les systèmes agroforestiers maintiennent un revenu annuel grâce aux cultures et constituent un capital de valeur avec les arbres.

Arbres ou arbustes .... isolés, alignés, en haie, en bosquet, en talus .... en bordure de parcelle ou intra-parcellaire .... L’agroforesterie peut prendre de multiples formes dépendant du niveau d’intégration des éléments arborés au sein du système agricole et du type de production agricole associée. Il y a bien « des agroforesteries », ce qui a été le cœur des propos de David GRANDGIRARD, enseignant-chercheur à UniLaSalle. Il invite les territoires et leurs agriculteurs à s’interroger sur leur capacité de stockage d’ici 20 ans, en croisant les enjeux des sols, de l’eau, de l’air ou encore de la biodiversité.

Régis Wartelle, Chef de projet Paysage et Biodiversité à la Chambre régionale d’Agriculture, soulignait pour sa part l’importance de l’accompagnement aux agriculteurs dans leur démarche d’agroforesterie dans toutes les étapes d’engagement : montage, conseils, sensibilisation, communication. Dans les Hauts-de-France, le réseau REUNIR-AF prend en charge les liens entre les politiques publiques et les acteurs locaux.

climatour agroforesterie

Des sites en agroforesterie : le GIE des Beaux Jours à Marcelcave et l’EARL Plaine de Vie à Bayonvillers

« Il était une fois un arbre... » ou encore des hommes et des femmes « faiseurs/euses de paysages », qui font de l’avenir en plantant des arbres. Alan Guillou, Responsable et co-fondateur de l’Association Planteurs Volontaires, raconte l’histoire des 6 500 Planteurs Volontaires de plus de 111000 arbres dans la région, mais aussi des agriculteurs d’aujourd’hui et de demain qui se lancent dans l’aventure de l’agroforesterie. Dans ses propos, il encourage à activer les leviers agro-écologiques pour relever les enjeux de territoires, et rappelle notamment les atouts de l’agroforesterie vis-à-vis de la fertilité des sols et de la lutte contre leur érosion.

La visite de deux sites agroforestiers ont permis aux participant.e.s de découvrir différentes facettes de l’agroforesterie, à travers l’histoire d’agriculteurs et les propos complémentaires de la Chambre d’Agriculture régionale, des Planteurs Volontaires et de Picardie Nature.

  • La ferme des Janson à Marcelcave, en agriculture conventionnelle, est une exploitation en grandes cultures avec légumes irrigués de plein champ, pommes de terre, betteraves. Elle s’est lancée dans l’agroforesterie il y a 17 ans avec l’implantation de 13 km de haies brise-vent intra-parcellaires financées dans le cadre d’un Contrat Territorial d’Exploitation proposé par la Chambre d’Agriculture. Ces haies ont pour but de créer un microclimat favorable aux cultures et à l’irrigation, d’apporter un effet brise-vent et d’accueillir des insectes « auxiliaires » luttant contre les ravageurs de culture et pollinisateurs.
  • La ferme des Dereave est une exploitation en polyculture-élevage en production biologique et mise en place de production en circuit court (farine bio, pain et jus de fruits). A l’occasion de sa conversion en agriculture biologique, de premières haies vives sont implantées pour couper les grandes parcelles et se protéger des épandages de phytosanitaires. Par vagues successives, de nouvelles haies, plus buissonnantes, sont plantées pour constituer aujourd’hui un véritable quadrillage agroforestier. Motivé par la biodiversité et la protection de ses parcelles, l’agriculteur a aussi valorisé dans sa chaudière les plaquette forestières, dont il dispose aujourd’hui en abondance. Les 65 brebis et leurs petits bénéficient elles aussi de la présence des haies qui créent un micro climat : ombre l’été, brise vent et abris l’hiver !

Acteurs de l’agroforesterie en Hauts-de-France

Avec la Chambre régionale d’Agriculture Hauts-de-France, les Planteurs Volontaires et UniLaSalle Beauvais, d’autres acteurs de l’agroforesterie et du développement de cette filière en Hauts-de-France étaient présents au Climatour : Picardie Nature, Atelier Avesnois Agriculture Thiérache, Initiatives Paysannes, Bio Hauts-de-France, ADEME, Région Hauts-de-France, Agence de l’Eau Artois-Picardie…

Retrouvez une sélection de ressources de ces différents acteurs dans notre dossier documentaire, et dans quelques mois une vidéo de capitalisation sur notre chaîne Youtube

Climatour #16 Dossier Documentaire

Rédaction : Joséphine Raynauld, Chargée de mission Ressources Climat – CERDD

Pour aller plus loin, consultez notre rubrique « Agriculture et climat »

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