Mis à jour le 9 octobre 2020

Vous étiez 40 à participer au Climatour « inondations et résilience : des solutions pour s’adapter au changement climatique » du 22 septembre. Merci pour votre présence et vos contributions aux échanges ! En attendant la vidéo de capitalisation, retours sur la visite de terrain dans la vallée de l’Oise. Au programme : résilience, adaptation et culture du risque !

Climatour #17 "Inondations & résilience"
© Cerdd

Le risque inondation constitue un sujet majeur pour les vallées de l’Oise, qui connaissent régulièrement des inondations et parfois des crues catastrophiques, comme ce fut le cas en 1993 pour les vallées de l’Oise et de l’Aisne. Ces crues ont montré l’absolue nécessité de prévenir le risque d’inondation et de le prendre en compte dans l’aménagement.

Ce risque dépasse les seules vallées de l’Oise, puisque le risque inondation est le premier risque naturel en région Hauts-de-France en termes de population exposée.

Afin de mieux saisir les enjeux liés aux inondations et les solutions pour y faire face, le CERDD, en partenariat avec l’Agence d’Urbanisme Oise-les-Vallées et l’Entente Oise-Aisne ainsi que l’Agence de l’Eau Seine-Normandie et la région Hauts-de-France, a organisé la visite de deux sites de gestion et de prévention des inondations, dans la région de Longueil-Sainte-Marie.

Les inondations : à la fois danger et ressource pour le territoire

Inondations Climatour

Sur le bassin Seine-Normandie, près de 4,8 millions de personnes sont soumises au risque d’inondation, et 3 millions d’emplois sont situés en zone inondable.

Dans la vallée de l’Oise, la rivière a joué un rôle structurant pour le territoire, qui s’est construit autour de l’eau et de la ressource qu’elle constitue pour le transport, l’industrie, l’agriculture, le tourisme : bourgs, infrastructures de transport, sites d’activités etc. s’y sont agglutinés au fil des siècles.

Celles et ceux qui vivent à côté de l’Oise le savent : la rivière est capricieuse et elle connaît des débordements hivernaux annuels. Elle sort donc de son lit mineur pour s’étendre sur une surface appelée lit majeur. Le développement des activités humaines et la pression urbaine sur ces zones inondables peut causer des dégâts matériels, importants, voire humains, en cas de forte crue.

Mais les crues sont aussi bénéfiques et nécessaires au territoire. Elles sont en effet essentielles aux milieux naturels humides annexes à la rivière et permettent la préservation d’une biodiversité floristique et faunistique remarquable, très importante pour le patrimoine naturel.

Ces zones humides sont d’importants puits de carbone, qu’elles stockent dans le sols et sont particulièrement riches pour l’agriculture par leur fertilité importante liée aux limons apportés par la rivière. Elles permettent également de préserver la qualité de l'eau et de prévenir les périodes de tension sur la ressource, en approvisionnant les nappes d'eau alluviales qui pourront ensuite atténuer les étiages de la rivière et alimenter des pompages nécessaires au fonctionnement du territoire.

Dans un contexte de changement climatique, prévenir et limiter les risques d’inondations et de coulées de boue est indispensable pour rendre les territoires résilients en termes de sécurité des populations, de conséquences économiques mais aussi d’impacts sur le patrimoine naturel et culturel.

Pour Emmanuel Bertin, directeur du Cerdd : « Comme le montrent les chiffres de l’Observatoire Climat HdF, nous sommes en échec sur les questions du climat. Alors, il faut s’adapter avec comme grand objectif : la résilience de nos territoires. Cela veut dire s’adapter au changement climatique, mais aussi repenser nos systèmes alimentaires, inventer de nouveaux modèles économiques, construire de nouvelles façon de coopérer. Le problème est systémique donc nous avons besoin de solutions systémiques. »

risques inondations
© eaufrance.fr

Face aux changements du climat et au risque inondation : quelles solutions dans les territoires ?

Limiter l’urbanisation pour ne plus subir les crues

Pour Pascale Poupinot, directrice de l’Agence d’Urbanisme Oise-les-Vallées, il est essentiel « d’anticiper et réguler les crues, mais aussi travailler à adapter l’aménagement des villes ».

En milieu urbain, où l’enjeu est fort, le risque vient notamment de l’imperméabilisation des sols, qui empêchent l’eau de s’infiltrer, et de la saturation des réseaux souterrains par l’apport trop important d’eau pluviale.

La priorité est de ne pas augmenter les enjeux en zone inondable, en limitant l’urbanisation et les activités économiques dans ces espaces. Les documents d’urbanisme doivent faire l’objet d’une meilleure prise en compte des questions de l’eau. L’Agence d’Urbanisme Oise-les-Vallées travaille sur cette question dans le cadre du projet européen STAR2Cs.

Il s’agit également de gérer les eaux pluviales de manière alternative, et infiltrant chaque goutte d’eau au plus près de son point de chute, et de désimperméabiliser les sols (voir le travail de l’ADOPTA sur cette question).

C’est en accompagnant ce rôle de « sol éponge », absorbant le surplus d’eau et le restituant en périodes de tension, que l’on accroît ainsi la résilience du territoires face aux inondations et au changement climatique.

Visite de la confluence Oise-Aisne, zone naturelle d'expansion des crues
© Cerdd

Ralentir et infiltrer pour réduire l’ampleur des crues

Selon Mélissa Magoutier, de l’Agence de l’Eau Seine Normandie, «la solution passe par le ralentissement et l’infiltration de l’eau à la source. Il s’agit d’actions de bon sens, de restaurer les milieux naturels. »

En milieu rural, il s’agit de restaurer le lit naturel des rivières, leurs méandres, et les zones d’expansion des crues, de préserver et restaurer les zones humides, limiter les ruissellements sur les secteurs agricoles grâce à l’hydraulique douce (haies, fascines, bandes enherbées,...). Ces solutions s’appuient sur le fonctionnement des milieux naturels pour prévenir et réguler les crues.

Les prairies de fauche du trou Boully au Plessis-Brion que nous avons visitées en sont un exemple : gérées par le Conservatoire d’Espaces Naturels de Picardie sur le territoire de la Communauté de Communes des deux Vallées, ces prairies sont entretenues par des agriculteur·ices biologiques et en filières courtes. Lors des crues de l’Oise, ces espaces préservés de l’artificialisation permettent à la rivière de s’étendre librement et sont inondés. Ils servent ainsi de zone tampon entre les zones à fort enjeu (les bourgs) et l’expansion de la rivière, ralentissent l’écoulement de l’eau et permettent son infiltration. Cerise sur le gâteau : en se retirant, la rivière laisse derrière elle des limons particulièrement fertiles

Protéger les enjeux et développer la culture du risque

Intervention de Stanislas Barthélémy, maire de Longueil Sainte-Marie
© Cerdd

Sur certains sites, laisser s’exprimer l’aléa de la rivière n’est pas possible. Il convient donc d’aménager des ouvrages permettant de protéger les enjeux et de réduire le risque inondation. C’est le cas de l’ouvrage d’écrêtement des crues de Longueil-Sainte-Marie, réalisé et géré par l’Entente Oise-Aisne.

« Ce type d’ouvrage, inventé à dans la ville de Longueil, comme se plaît à le rappeler Stanislas Barthélémy, Maire de Longueil-Sainte-Marie, profite des particularités géologiques du territoire pour prévenir et atténuer les crues. »

Cet ouvrage permet, grâce à un système de vannes et de déversoirs, de stocker les eaux de crues dans des casiers à proximité, permettant ainsi de réguler la crue et de préserver le lit mineur de la rivière et les enjeux situés à proximité. Ce dispositif bénéficie ainsi à 54 communes du territoires en abaissant les hauteurs de crue.

Dans le cadre de la réalisation de ces aménagements, l’Entente Oise-Aisne a acquis 3 anciennes gravières sur la commune de Pont-Sainte-Maxence. Ce site est progressivement devenu ​un lieu privilégié pour l’accueil des oiseaux migrateurs. La Réserve de l’Ois’eau est ainsi un lieu de préservation et de sensibilisation à la biodiversité, mais également au fonctionnement hydraulique du territoire.

Cette notion de sensibilisation et de culture du risque est chère à l’Entente Oise-Aisne et à l’Agence d’Urbanisme Oise-les-Vallées, qui mènent des actions autour de la connaissance et de la compréhension du risque inondation. Par exemple, la pose de repères de crue, témoins historiques des grandes crues passées, sont des marques destinées à faire vivre la mémoire des inondations. Ils matérialisent le souvenir de ces événements importants que le temps ou le traumatisme peuvent parfois biaiser.

Développer une culture du risque, c’est aussi accroître la résilience aux inondations !

Visite de la réserve de l'Ois'eau
© Cerdd

Se coordonner, coopérer et tisser des solidarités pour accroître la résilience

Gérard Seimbille, président de l’Entente Oise-Aisne, et Mélissa Magoutier, chargée de projets Politique Territoriale de l’Agence de l’Eau Seine-Normandie, s’accordent là-dessus : « Il faut repenser nos pratiques pour rendre nos territoires plus résilients et plus solidaires entre l’amont et l’aval. Il faut coopérer à différentes échelles ».

Cela passe notamment par le Plan d’Action pour la Prévention des Inondations (PAPI), dont l’Entente Oise-Aisne est l’animateur. Les PAPI visent à gérer le risque de manière globale et intégrée, en combinant les actions de gestion de l’aléa et la réduction de la vulnérabilité au sens large. Ce dispositif vise à coordonner les différents acteurs, notamment à travers la contractualisation, et de développer ainsi une action coordonnée et cohérente de prévention des inondations.

Par ailleurs, le risque inondation est une thématique transversale à de nombreuses politiques publiques. Le PAPI est ainsi la pierre angulaire de la coordination des actions, à l’intersection de compétences, d’acteurs, et d’échelles très différentes.

Pour finir, citons les mots de Stanislas Barthélémy, maire de Longueil-Sainte-Marie : « Il faut apprendre à devenir plus résilient. C'est-à-dire apprendre à mieux encaisser les inondations, mais aussi à anticiper les crues pour mieux les prévenir ».

Et cela passe par la coopération entre les acteurs, par la coordination des actions et par la vision systémique que propose la résilience !

DES RESSOURCES POUR ALLER PLUS LOIN

Climatour #17 - Dossier "Ressources pour aller plus loin"

L'ALBUM PHOTO DE LA JOURNÉE

Climatour #17 "Inondations & résilience : des solutions pour s'adapter au changement climatique"

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