Mis à jour le 27 janvier 2021

Présenter le projet de l’Archipel Nourricier de Loos-en-Gohelle nécessite de remonter à ses origines, en 2010… A l’époque, Dominique Hays est le fondateur de Terre d’Opale, une plateforme de maraîchage bio mariant écologie et insertion professionnelle solidaire. Terre d’Opale dispose alors de la plus grande liste d’attente de clients abonnés pour ses paniers maraîchers, des paniers produits par les jardiniers en insertion du plus petit jardin de cocagne de France ! « Vous avez besoin de légumes, clame-t-il. Ils ont besoin de travail ! ».

pas à pas...vers un système alimentaire durable

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Dominique Hays, président de l’association Les Anges Gardins. © lepharedunkerquois.fr

Dominique Hays propose, comme première réponse à cette demande croissante, de créer un regroupement d’agriculteurs locaux et bio, œuvrant ensemble en cultures complémentaires. Leur objectif : produire suffisamment de paniers pour satisfaire sa clientèle.

Premier pas d’une mise en réseau des producteurs vers une alimentation vertueuse et durable. Produire bio c’est beau, permettre la consommation à tous les publics c’est encore mieux ! Alors, pour tordre le cou à la malbouffe, par manque de moyens ou par néophobie, un programme de sensibilisation et d’éducation à l’alimentation vertueuse est mis en place avec la parution de manuels sur l’alimentation ; la culture des légumes, la cuisine avec les restes…. Un deuxième pas vers l’accessibilité à l’alimentation durable vient d’être fait.

La rencontre avec Frédéric Huchette, agent de développement local de la Communauté de Communes de la région d'Audruicq (CCRA) s'intéressant au développement de l'agriculture locale, sera également déterminante dans le développement du projet. 

L’association Les Anges Gardins, créée par Dominique Hays, devient ainsi l'opérateur du premier écopôle alimentaire des Hauts-de-France sur des terres mises à disposition par la CCRA. En partenariat avec le territoire, l’écopôle propose aux agriculteurs locaux, aux pratiques agricoles diverses et multiples, un nouveau regard sur leurs activités, notamment par la construction d'un outil de transformation, de développement de circuits courts…

L’écho de cette expérience alimentaire concrète et durable parvient aux oreilles de Jean-François Caron. Ce dernier propose à Dominique Hays de mettre en place dans sa commune une politique alimentaire locale incluant la coopération entre collectivité publique, acteurs économiques privés et citoyens loossois.

Et pourquoi pas un écopôle alimentaire destiné aux habitant·e·s à l'échelle communale ?

Le début du changement

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Microferme Cocagne © Anges Gardins

Un nouveau terrain de jeu à investir pour développer une agriculture urbaine à Loos-en-Gohelle ? Banco ! Le défi est confié à l’association Les Anges Gardins qui lance sa démarche en s’appuyant sur le premier principe de la permaculture : observer et interagir.

  • Observer. La ville de Loos-en-Gohelle compte encore des agriculteurs travaillant en conventionnel sous un climat plutôt favorable aux grandes cultures.
  • Interagir. La ville rachète 15 ha à un agriculteur partant à la retraite et propose 1 à 2 ha aux agriculteurs loossois qui le souhaitent.

La contrepartie ? Pour chaque hectare donné et cultivé en bio, l’agriculteur s’engage à cultiver un ha de ses terres en bio également. La démarche est collective, donc moins solitaire et anxiogène, la transition agricole vers un nouveau modèle de production accompagnée, tant au niveau professionnel qu’au niveau personnel peut démarrer. Pas à pas.

Le terreau du changement, fertile, et l’échelle communautaire du bassin de Lens deviennent pertinents pour la mise en œuvre d’un système alimentaire territorial où :

  • l’accès à une alimentation durable est garanti
  • l’ouverture de nouvelles perspectives alimentaires est assurée pour tous
  • la transition écologique et la justice sociale peuvent s’incarner durablement sur un territoire donné

Faire société sur nos besoins essentiels

L’écopôle devient l’un de ces nouveaux modèles économiques de la Transition Écologique dans lequel la coopération entre territoires proches, plutôt que l’autonomie, est recherchée. Des collectivités, des propriétaires privés proposent des terrains à exploiter. Les productions maraichères existent sur le territoire, pourquoi ne pas développer une production fruitière ? Voire même anticiper sur les pronostics d'un climat plus chaud pour expérimenter de nouvelles variétés qui complètent la gamme régionale.

Et bientôt des abricots et autres haies et arbres fruitiers donneront généreusement de leurs fruits dans la microferme Cocagne. Les Anges Gardins gèrent ainsi aujourd’hui treize espaces cultivés dans la Communauté d’agglomération de Lens-Liévin (CALL). L’Archipel Nourricier, ou Riviera Comestible, prend forme et se développe !

Produire, s’ouvrir, échanger, co-créer

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Microferme de Gohelle © Cerdd

La spécificité de ce projet est aussi de s’enrichir au fil des situations et demandes quotidiennes émanant des habitants de la commune. Il s'incrémente agilement d'actions nouvelles suite à l'expression des besoins, des circonstances et des opportunités exprimés.

C’est ainsi qu’autour des cultures alimentaires, l’esprit d’un autre type de culture émerge, à travers la création du St Hubert. L’ancien café du centre ville de Loos-en-Gohelle, fermé puis réhabilité, devient un tiers-lieu convivial, lieu d’échanges autour d'un repas ou d'un café. Renommé Menadel-St Hubert, pour Maison d’Échanges pour de Nouvelles Activités Durables et pour l’Économie Locale, dédié aux échanges.

« Une "place à vivres", dès lors qu'il s'agit de faire société par l'échange et l'entraide sur un territoire, est un lieu où on peut disposer de différents « vivres » au pluriel. », détaille Dominique Hays.

Ce nouveau lieu de vie en ville devient dès lors une véritable alternative locale, solidaire et joyeuse où les fruits, légumes, herbes aromatiques et médicinales cultivés dans l’Archipel sont :

  • cuisinés lors d’ateliers d’initiation à la cuisine saine et simple
  • distribués dans des paniers solidaires aux adhérents de l’association
  • prescrits comme bons pour la santé lors des cours de diététique, de naturopathie ouverts à tous les publics
  • dégustés autour d’un café ou d’une assiette à la table de Cocagne du Menadel-St Hubert, qui fait également office de repair-café, de lieu de réunion, d’éducation populaire et d’émancipation sociale et économique.

La Manne, monnaie libre, abondante et renouvelable

La Manne
© La Voix du Nord

La multifonctionnalité voulue par l’Archipel Nourricier, au delà de produire de la nourriture, du vivre ensemble, de l’emploi social et solidaire, de la biodiversité végétale, sociale…, au-delà de réinterroger nos valeurs et de redonner du sens inclut également la Monnaie d’une Autre Nature pour de Nouveaux Echanges (MANNE), une monnaie locale pour rétribuer les habitants qui s’investissent dans des chantiers coopératifs ou des échanges de services.

On gagne ainsi de la Manne quand on accueille une poule de race Bourbourg chez soi, quand on participe à un chantier de plantation… la liste des envies d’engagement bénévole est longue. Celle des contreparties aussi. On gagne 10 Mannes par 15 mn de temps de bénévolat qu’on pourra échanger contre un panier de légumes (80 mannes), une pizza à la pizzeria du coin ou un repas au Ménadel (80 mannes)… Bien sûr la Manne a pour objectif initial la découverte d'une alimentation locale et bio, mais associe également la vie de la commune et les commerces locaux dans leur diversité.

Le système de la Manne reconnaît l’engagement des gens et ressemble à un véritable engagement politique, au sens propre, celui de la participation à la vie de la cité et ainsi que l’affirme Dominique Hays, « La montre donne l'heure, peu importe la valeur de la montre ! »

Reprendre du pouvoir sur nos vies

Natacha compte parmi les 200 premiers adhérents à la Manne. Retraitée et vivant seule, l’échange de services l’a immédiatement intéressée. Donnant de son temps pour des chantiers de jardinage, elle a, gagnant en âge, progressivement opté pour la garde d’enfants, puis d’animaux. Pour rompre sa solitude. « Et pour me nourrir, précise-t-elle, dans tous les sens du terme. En échange, on vient me faire mes carreaux ou repeindre mon salon. C’est bien plus agréable que de payer en euros et je garde des contacts humains avec des personnes qui peuvent devenir des amis », se réjouit-elle.

Grégory, la trentaine, il y a un an il participe à un chantier agricole. En échange, il prend des cours de cuisine. Il vient aussi au Ménadel & St Hubert pour du co-working ou donner un coup de main à l’équipe. Par envie, par curiosité, pour tout ce que cette « place à vivres » a à offrir et partager.

Un jardin d’Eden, de don et contre don

bar menadel
Ménadel et Saint Hubert © Cerdd

L’Archipel nourricier ressemblerait-il donc à un jardin d’Eden ? La question de la souveraineté alimentaire s’imposant de plus en plus à l’échelle territoriale, l’Archipel nourricier esquisse un modèle inspirant :

Invente et porte un regard sans cesse renouvelé sur ce qui est pris pour acquis : mieux vaut désherber un terrain productif que tondre un gazon non nourricier...

Envisage l’éco-pâturage, parle de régie d’écologie urbaine.

Plante des abricotiers pour s’adapter au changement climatique.

Travaille avec Agro Paris Tech pour savoir comment cultiver bio sur des sites pollués.

L’agriculture bio demande un engagement de moyens ? L’Archipel Nourricier reconnecte les gens à la terre, à leur territoire, dans une logique de transmission de nouveaux savoir-faire arboricole, en maraîchage, en permaculture… En s’appuyant sur le réseau national des jardins de Cocagne de France, en s’inspirant de la place à vivres comme celle du Ménadel & St Hubert - mais pas que - un nouvel horizon alimentaire se dessine.

De nouveaux horizons à inventer, au plus près de la réalité des territoires et donc forcément, riches et variés, mais qui ne peuvent pas se construire seul, en vase clos dans une commune. La recette est de partir de la spécificité locale, de la réalité des gens et du terroir, puis de s'interroger avec des chercheurs, s'associer aux compétences et savoir-faire locaux.

Entreprendre, laisser mijoter, se laisser surprendre. Ajuster puis recommencer !

À retenir :

  • Garantir l'accès à une alimentation durable (Territorialisation de l'approvisionnement et organisation de la logistique courte)
  • Ouvrir les horizons alimentaires à tous (Réinsertion, paniers solidaires et ateliers cuisines)
  • Une « place à vivres » pour l'accessibilité et l'émancipation
  • Compléter la gamme et anticiper les changements (Archipel Nourricier à dominante fruitière)
  • Lieu de co-construction et de coopération avec les agriculteurs
  • Multifonctionnalité des espaces : Biodiversité, nourricier et source d'emplois.

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