Mis à jour le 25 juillet 2017

Premier secteur économique des Hauts-de-France, l’agroalimentaire se caractérise par la coexistence d’acteurs économiques variés, des toutes petites entreprises aux groupes internationaux. Dans le cadre de la démarche FOOD[avniR], le pôle d’excellence Agroé, qui apporte son expertise de la prise en compte des enjeux de développement durable aux entreprises du secteur, s’était penché dès 2013 sur la sensibilité de ce dernier aux questions environnementales en générale et à l’écoconception en particulier. Quatre ans plus tard, l’étude a entre autres débouché sur un travail collectif d’élaboration d’un outil d’écoconception au service de la filière brassicole – domaine emblématique de la région s’il en est… 

Bière-2

Contexte et descriptif de l’action

En 2013, Agroé a piloté en collaboration avec le cd2e via sa plate-forme [avniR] et avec le soutien de la région Nord-Pas de Calais et de l’ADEME, une étude appelée FOOD[avniR]. Organisée avec le cd2e, structure chargée du déploiement en région des démarches d’analyse des cycles de vie, « FOOD[avniR] a dans un premier temps permis d'évaluer le degré de maturité et d'appropriation de l’éco-conception et de la démarche cycle de vie dans les TPE et les PME de l’ex-Nord-Pas-de-Calais. » Consommations énergétiques, gestion des déchets, consommation d’eau, utilisation d’écoemballages… « Sur tous ces critères, l’idée était de dresser un diagnostic général avant d’identifier les grands axes d’interventions qu’il serait possible de mettre en œuvre » résume Julien Mottet, chargé de mission développement durable au sein d’Agroé.

Lancées auprès de 32 entreprises issues de 6 secteurs clés de l’agroalimentaire régional (transformation des fruits et légumes, boulangerie/pâtisserie industrielle, filière brassicole, production de plats cuisinés, charcuteries et transformation des produits laitiers, distribution), l’étude a conclu que la filière agroalimentaire régionale - dans sa grande majorité – était encore peu familière des questions d’écoconception. Le constat est sans appel : si 50 % intégraient dans leur fonctionnement ou leur stratégie des labels comme Saveurs en’Or ou des critères de santé, bien-être et nutrition, 4 % des répondants seulement intégraient les thématiques environnementales dans leurs modes de production.

Difficultés à percevoir l’intérêt économique d’une démarche d’écoconception, crainte de la complexité des démarches à engager… « La plupart des PME ont une visibilité à 18 mois. L’écoconception était un concept assez abstrait pour beaucoup et les verrous restaient nombreux, d’où l’idée de construire un programme d’actions complet pour soutenir la filière et lui permettre de progresser ». Parmi les projets concrets retenus, l’idée de concevoir une action collective sur l’écoconception au service du secteur brassicole s’est rapidement imposée, justifiée par le profil d’entrepreneurs plutôt jeunes et ouverts à ce type de démarches comme par l’importance du secteur dans la région. La production brassicole dans l’ex-Nord-Pas de Calais dépasse en effet 6,5 millions d’hectolitres par an, soit près du tiers du volume national, son chiffre d’affaires avoisine 500 millions d’euros et la filière représente plus de 1 000 emplois directs.

filière brassicole
© Agroe

Analyse de la démarche

« Pour évaluer l’impact environnemental de leur activité et fournir des pistes d’actions à ces brasseurs, nous avons décidé de construire cet outil avec eux, collectivement, de manière à en faire un levier de performance environnementale, mais aussi économique. »

Une question clef : « se lancer dans une démarche d’écoconception est certes une affaire de convictions personnelles mais il est essentiel de pouvoir démontrer à des chefs d’entreprise qu’ils peuvent également en tirer un retour sur investissement mesurable et concret, d’une manière ou d’une autre », estime Julien Mottet. « Nous y arrivons depuis quelques mois, alors que réunir dans un même groupe des concurrents en leur demandant de partager des informations aussi stratégiques que leurs consommations d’énergie ne va pas nécessairement de soi ». Surtout dans des entreprises de petite taille : « les grands groupes ont des moyens qui leur permettent d’investir, là où les petites PME disposent de capacités financières bien plus limitées ».

Démarche en deux temps

Autant d’obstacles à la conduite du changement que la méthodologie déployée par Agroé a permis de franchir en deux temps. « En 2014-2015, nous nous sommes d’abord concentrés sur la mesure de l’impact environnemental moyen d’une bouteille de bière produite dans la région en travaillant avec tous les acteurs de la filière agricole, pour rassembler des données sur l’ensemble des activités nécessaires à la fabrication du produit ». Bouteille de verre et origines de l’énergie nécessaire à sa production, matières premières, étiquette, capsule ou bouchon de liège, transport, fluides… Tout est observé à la loupe, quitte à recourir à des informations moyennes au-delà d’un certain seuil, comme dans toute démarche d’analyse des cycles de vie : « concernant les consommations d’électricité, nous nous appuyons sur des données moyennes en partant du principe qu’elle est produite en France et reflète donc un mix énergétique hexagonal bien documenté ». De cette phase d’analyse, il ressort que le packaging reste le poste le plus impactant sur l’environnement - la production de la bouteille en verre en est pour l’essentiel responsable loin devant l’amont agricole et les étapes de brasserie proprement dites, même si ces dernières sont non négligeables sur certains indicateurs comme la consommation d’eau et d’énergie.

Au fil des ateliers, de nombreuses pistes d’éco-conception sont envisagées mais les différents cas de figure étudiés laissent ressortir une conclusion : tout tourne autour de la bouteille elle-même. Et si les scénarios portant sur l’allégement de son poids montrent une réduction des impacts relativement minime (de 2 à 8 % seulement selon les indicateurs), l’idée d’un allongement de la durée de vie de la bouteille semble bien plus opportune, les gains environnementaux étant estimés entre 18 et 60 % en fonction des indicateurs étudiés.

La seconde étape, en 2016, s’est resserrée autour de sept brasseurs dont de petites structures mais aussi deux des plus grosses entreprises de la région[1]. À ce stade, il s’agissait de développer un outil directement connecté à leur activité : « le but était de les rendre capables d’apprécier eux-mêmes leur empreinte environnementale en saisissant leurs propres données », explique Julien Mottet, « mais aussi de se benchmarker entre professionnels et de diffuser la thématique au-delà de ces sept pilotes ». Accessible en ligne, l’outil est évolutif et permet à un utilisateur débutant de se concentrer sur un petit nombre de critères, tout en offrant à un brasseur plus averti la possibilité de tester un nombre de paramètres bien plus large, affinant d’autant l’analyse environnementale de sa propre activité. Un précieux outil d’aide à la décision…

Fiche d’identité

Lieu et échelle de l’action : Hauts-de-France

Nom des structures porteuses : Agroé

Partenaires : Syndicat des Brasseurs du Nord

Date de lancement : 2014

Financement : 70 000 euros (DRAAF)

Bénéficiaires : acteurs et entreprises de la filière brassicole.

[1] La Brasserie du pavé, les Brasseurs Duyck, la brasserie Saint-Germain, la Brasserie artisanale des deux caps, la Brasserie de Saint Sylvestre, les Moulins d’Ascq et les Trois Brasseurs.

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