Mis à jour le 1 mars 2019

Depuis 25 ans, Douaisis Agglo mène une révolution culturelle et organisationnelle de la gestion des eaux pluviales. Une nouvelle façon de faire rimer économie et écologie qui, dans un contexte de changement climatique, s’impose peu à peu partout en France. 

sept_tech_alternatives_douai_20151012_dd_reduitIllustration appel à projets Déraccordement et gestion écologique des eaux pluviales urbaines © Agence Eau Artois-Picardie

Descriptif de l'action

Fin des années 80. Un quartier de Douai subit cinq années de suite des orages décennaux suivis d’inondations. Chaque année, une solution classique d’assainissement est mise en œuvre : augmentation de la taille des canalisations, construction de bassins de retenue des eaux... Sans succès.

La responsabilité de la gestion des eaux pluviales est alors confiée au Syndicat Intercommunal d’Assainissement des Eaux pluviales de Douai (SIADO). Un acte capital qui donne à la structure les pouvoirs d’agir et de faire autrement en mettant en place une politique de gestion des eaux pluviales durable et intégrée.

Gestion à la source des eaux pluviales

Au lieu de canaliser l’eau de pluie pour l’assainir ensuite, son retour dans le sol devient la règle : solution écologique.

Un retour de l’eau à la terre qui, au passage, supprime les coûts d’assainissement : solution économique.

La nouvelle mission du SIADO est alors de créer les conditions environnementales pour que l’eau pluviale s’infiltre dans le sol au plus près de son point de chute par la désimperméabilisation des revêtements des chaussées, la création de noues plantées avec massifs drainants, de structures réservoir avec revêtement poreux, de tranchées drainantes, de toitures vertes, la récupération des eaux pluviales, des puits d’infiltration…

« Au total, nous disposons d’une vingtaine de techniques de gestion durable et intégrée des eaux pluviales que nous mettons en pratique au cas par cas en les adaptant à chaque projet, indique Ludovic Dennin, directeur Assainissement & Hydraulique de Douaisis Agglo. Avec pour seul mot d’ordre : déraccorder au maximum les eaux pluviales du réseau d’assainissement ».

Autre innovation de taille, par les élus du SIADO en 1997, créer une association l'ADOPTA, dont le but est d’accompagner les acteurs du terrain, élus, techniciens, riverains…,  à mettre en œuvre cette politique innovante !

Climatour #13 "Gérer la pluie : pour mieux s’adapter au changement climatique !"

Durée: 06:00

Afin de limiter les risques pollution et ruissellement, la commune de Crépy-en-Valois met en place depuis plusieurs années une gestion durable de ses eaux pluviales avec pour objectif le « zéro rejet » d’eau de pluie dans le réseau unitaire. Pour cela, la commune conçoit l’aménagement de ses espaces urbains en y intégrant des parkings engazonnées ou encore en dirigeant les eaux pluviales directement dans ses espaces verts, dans des noues ou dans des bassins d’infiltration.

Analyse de l’action

Accompagner le changement des pratiques

Créée en 1997, la mission d’Adopta est claire. « Que l’on soit élu, aménageur, technicien du service de voirie, bailleur, tout projet de voirie, de construction, de requalification doit désormais intégrer la gestion des eaux pluviales dans sa démarche, explique Jean-Jacques Hérin, président de l’association. Pour ce faire, ADOPTA et les services des collectivités en charge de l’assainissement doivent accompagner chaque personne en charge du problème de l’eau dans son changement de pratiques, ce qui est le cas à Douaisis-Agglo. Une transition qui nécessite à la fois de la pédagogie, du temps, une réelle implication du formateur sur le terrain qui peut aller jusqu’à l’aide à la rédaction du cahier des charges et des résultats tangibles à montrer ».

Aujourd’hui, l’association a réussi son pari puisqu’elle est devenue l’unique association de ce type opérationnel à faire la promotion de l’infiltration des eaux pluviales en France, et elle travaille en coopération avec le Groupe de Recherche Rhône Alpes sur les Infrastructures et l'Eau (GRAIE), plus axé sur le volet scientifique.

Douaisis Agglo est devenue une référence incontournable, organisatrice à Douai des 1ères Assises Nationales de la Gestion Durable des Eaux Pluviales les 5 et 6 juin 2019.

1ères Assises Nationales de la Gestion Durable des Eaux Pluviales1ères Assises Nationales de la Gestion Durable des Eaux Pluviales © Ideal Connaissances

Volonté politique, relais et accompagnement

Cette performance écologique et économique s’appuie donc sur le triptyque suivant :

  • une volonté politique d’aborder et de gérer la problématique des eaux pluviales de façon durable et intégrée
  • des relais locaux – techniciens, collectivités territoriales…- chargés d’assurer l’animation au quotidien de cette stratégie transversale
  • une structure d’accompagnement à leurs côtés, Adopta, pour aider à lever les freins et balayer les résistances encore trop nombreuses

 

Ce sont principalement des résistances au changement. Pas facile de se fixer d’autres objectifs que ceux qui ont prévalu jusqu’alors, de changer ses méthodes de travail. Autrefois l’eau en ville était synonyme de risque de maladies et se résumait à une solution hygiéniste faite de canalisation, d’ouvrage de rétention des eaux et d’épuration.

Aujourd’hui, l’approche de l’espace urbain est transversale et la voirie doit intégrer la gestion des eaux de pluie tout comme un espace vert doit inclure des noues.

« Le technicien de l’assainissement voit également ses missions évoluer car il doit connaître la technicité et les spécificités des autres corps de métier pour répondre à ses propres objectifs », précise Ludovic Dennin. 

L’eau en ville, une richesse à préserver

« Aujourd’hui, l’eau est une richesse, un bien commun précieux dont on a besoin en ville, précise Jean-Jacques Hérin. Notre vision de l’aménagement du territoire, de segmentée, parcellaire et partielle, a évolué vers une vision transversale et globale où tout est lié. La gestion des eaux pluviales n’est plus seulement qu’affaire de la gestion des inondations mais également de renaturation, de préservation de la biodiversité et de la nappe phréatique, de lutte contre les ilots de chaleur en ville ».

Résultats de l’action

Depuis 25 ans, Douaisis-Agglo a réalisé ou fait réaliser sur son territoire plus de 1 000 aménagements d’infiltration, l’équivalent de plus de 25% du territoire n’apportant plus d’eau pluviale au réseau de collecte et ne générant donc plus de coût de traitement des eaux. Constat est fait également d’une réelle et nette amélioration du milieu récepteur grâce à la désaturation du réseau de collecte qui déverse moins via ses déversoirs d’orage. L’évolution des volumes d’eau déversés a considérablement baissé, passant de 1 850 000 M3/an à 417 234 M3 pour une pluviométrie d’environ 651 mm/an, quasi constante depuis 2006.

Des indicateurs environnemental, technique et économique

Précurseur, Douaisis Agglo a mis en place trois indicateurs de résultats pour évaluer sa politique.

  • Le premier, sur l’impact environnemental, a été rendu possible grâce à l’auto-surveillance des déversoirs d’orage et du suivi de la qualité sanitaire des nappes phréatiques par secteur et par ouvrage.
  • Le deuxième indicateur est technique ; 25% du territoire de la CAD est géré par la technique d’infiltration ; 30 % des voiries de la ville de Douai et 40 % des parcs d’activité de Douaisi Agglo n’apportent plus d’eau de pluie dans les réseaux.
  • Le troisième est financier. Alors que le traitement classique des eaux pluviales génère un coût assez élevé, le traitement intégré permet de réaliser des économies. Moins de construction d’ouvrages induit coûts d’amortissement, d’exploitation, de maintenance et de gestion de l’eau moindres. L’agglomération économise 1M€ par an par rapport à une agglomération de taille équivalente avec une gestion traditionnelle des eaux pluviales par stockage en bassin et restitution au réseau d’assainissement.

 

Ingénierie musclée pour solutions techniques allégées

Reste encore, pour convaincre les derniers détracteurs, à produire des études sur les multiples externalités positives de la méthode, presque toutes liées à l’adaptation au changement climatique, ainsi qu’une étude confirmant l’absence de risques de pollution, ce que les indicateurs environnementaux démontrent chaque année.

Dernier point et nouveau cheval de bataille d’Adopta : mieux rémunérer les missions d’ingénierie et de conception des bureaux d’études - travail personnalisé au cas par cas - pour un coût des solutions réalisées qui s’avère inférieur aux solutions classiques. Bonne nouvelle, la loi autorise encadre la revalorisation de la rémunération des bureaux d’études.

En quoi cette initiative est bonne pour l’adaptation aux changements climatiques ?

Le changement climatique devrait rendre les fortes pluies plus fréquentes et plus intenses sur notre territoire. Les aménagements pour une gestion des eaux pluviales durable et intégrée sont efficaces pour des pluies normales et contribuent aussi, s’ils sont correctement déployés à limiter les dégâts causés par les fortes pluies.

Par ailleurs, avec le changement climatique, les débits des cours d’eau pourraient être réduits augmentant mécaniquement les concentrations de polluants. Aussi, lorsque l’eau ruisselle jusqu’à la rivière, elle se charge de polluants qui dégradent la qualité du milieu, alors qu’en s’infiltrant rapidement, l’eau est filtrée par les sols et n’a pas besoin de traitement particulier.

Enfin, les villes sont particulièrement touchées par le phénomène d’ilot de chaleur en été, et les espaces végétalisés permettent de rafraîchir la température. Donc recréer des espaces dans la ville où l’eau peut s’infiltrer, sans passer par les réseaux est une solution à la fois économique sur le long terme et offrant une ville plus résiliente aux défis climatiques.

 

Fiche d’identité

 

Titre de l’opération : Gestion à la source des eaux pluviales

Lieu/Echelle de l’action : intercommunautaire

Identification du porteur de projet : ADOPTA / Douaisis-Agglo 

Contact : 

Douaisis-Agglo Ludovic DENNIN, Directeur Assainissement & Hydraulique 746, rue Jean Perrin - BP 300 - 59351 Douai Cedex / Tél : 03.27.99.89.89

ADOPTA, Jean-Jacques Hérin, Président, 685, rue Jean Perrin, Aile Languedoc, Entrée C 59500 Douai / Tél : 03 27 94 12 41

Partenaires : Agences de l’eau Artois-Picardie et Seine Normandie, Région Hauts-de-France, Fonds Propres, Fonds FEDER, Pôle  DREAM Eaux & Milieux (Orléans)

Indicateurs de moyens et de résultats : environnementaux, techniques et financiers            

Date de l’opération : depuis 1992

Bénéficiaires/cibles de l’action : communes du Douaisis et toute la région Hauts de France

Documents de référence disponibles :

Association ADOPTA

Politique de gestion intégrée des eaux pluviales de Douaisis-Agglo

Douaisis-Agglo

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