Mis à jour le 13 février 2020

De 2016 à 2018, la communauté d'agglomération et la Ville d'Amiens ont décliné un Contrat d'Objectifs Territorial Energie Climat (COTEC), avec le soutien de la Région Hauts-de-France et de l'Ademe. Un accélérateur de projets environnementaux !

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© Amiens

La preuve par neuf. Oui, il est possible pour des collectivités d'engager et de mener neuf projets de taille (et peut-être même plus) dans les domaines de l'énergie et du climat en un temps relativement limité. La communauté d'agglomération d'Amiens et la Ville d'Amiens en ont fait la démonstration entre 2016 et 2018, à travers un contrat d'objectifs territorial (COTEC). Et si quelques projets n'ont pas donné toute la mesure souhaitée, l'essentiel des initiatives a été couronné de succès. La Région Hauts-de-France et la délégation régionale de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) l'ont d'ailleurs reconnu, et ont accordé aux deux institutions picardes l'intégralité de la subvention réservée à l'origine, soit près d'un demi-million d'euros. "A la différence d'un contrat classique, un COTEC engage sur des objectifs partagés et est en partie financé sur l’atteinte des résultats", souligne Annick Delannoy, cheffe du service Transition énergétique et climat de l'agglomération.

Une équipe et une feuille de route

La première action du contrat a consisté à créer une "force de frappe" technique au sein de l'EPCI. Ainsi un "service transition énergétique et climat" est apparu dans l'organigramme et un comité de pilotage a été constitué autour du Vice-président métropolitain chargé du développement durable, Patrick Desseaux, réunissant tous ses homologues de l'exécutif et des représentant.e.s de la Région, de l'Ademe, de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) et autres partenaires. L'organisation ainsi posée, l’agglomération a fait appel à une assistance à maîtrise d’ouvrage pour la réalisation d'une étude de planification énergétique, véritable travail d'inventaire territorial et d'orientation qui a confirmé le poids important de l'industrie et de l'habitat dans la consommation énergétique locale et de l’évolution des besoins à horizon 2050. Il a aussi révélé les marges de manœuvre en termes d’efficacité énergétique, d’autant que 20 000 ménages du territoire sont en précarité énergétique. A côté d'économies possibles, l'étude cite comme principaux gisements renouvelables le photovoltaïque, le biogaz et un mix de productions de chaleur. Amiens Métropole dispose aujourd'hui d'une feuille de route vers l'autonomie énergétique à l'horizon 2050.

De l'isolation à la chaleur

Les deuxième et troisième acquis du COTEC ont encore trait à l'énergie. C'est d'abord la mise en œuvre d'une "stratégie énergétique patrimoniale". 65 bâtiments de la ville et de l’agglomération représentent 80 % de la consommation énergétique. Avec l’aide d’un bureau d’études techniques, une mise à plat des solutions les plus pertinentes tant techniques qu’organisationnelles a été définie avec pour objectif une économie drastique sur la facture énergétique. L'autre sujet est la réorientation et la valorisation du réseau de chaleur de l'Amiénois. Entièrement alimenté par des énergies fossiles en 2017, l'infrastructure se nourrit aujourd'hui à 77 % de biogaz, géothermie, biomasse et récupération de chaleur venant notamment du traitement des eaux usées. Sous l'impulsion de la société d'économie mixte Amiens énergie, 15 000 équivalents-logements (des habitations mais aussi des bâtiments publics et des locaux d'activité) étaient raccordés au réseau fin 2019, sur un potentiel de 30 000. "Cela en fait l'un des plus gros équipements du genre en Europe", note Annick Delannoy. Toujours dans le cadre du COTEC, l'intercommunalité a soutenu la création d'un cluster dénommé "Amiens Energeia" en 2016. Fin novembre 2019, le cluster a organisé la première édition du Amiens Energy Summit.

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© Enenergeek / En orange, le tracé du futur réseau de chaleur avec ses différents points d’alimentation.

Coopération avec les entreprises

Un plan de déplacement d'administration concernant les salarié.e.s de l'agglomération et de la mairie a été également inscrit dans le plan contractualisé. Fourniture d'un pass TER, indemnité kilométrique pour cyclistes, création de garages à vélos, convention avec un tiers-lieu pouvant servir de pôle de télétravail sont quelques-unes des mesures au programme. La collectivité a aussi soutenu la création et l’activité d'une association d'écologie industrielle (Eco-synergie EIN) sur la zone industrielle d'Amiens-Nord. Pendant deux ans, une vingtaine d'entreprises, grandes et petites, y ont coopéré sur les sujets des déplacements, de l'alimentation, des déchets. Le départ du président de l'association a malheureusement mis un coup d’arrêt à l'initiative. "Mais nous voyons avec la CCI et la Région comment relancer la dynamique, dans cette zone voire dans d'autres, indique Annick Delannoy. Par ailleurs, les contacts pris dans le temps du COTEC nous permettent de profiler de nouveaux projets ; par exemple, nous réfléchissons avec l'entreprise Ajinomoto à étudier la  récupération de chaleur fatale".

Vers une ZAC à énergie positive

Le COTEC s'est aussi aventuré dans le champ de l'urbanisme. Dans la zone d'aménagement concerté (ZAC) "Intercampus", au sud d'Amiens, proche du centre hospitalier universitaire, les autorités locales veulent voir s'implanter un ensemble de logements, bureaux et activités autour de la santé. Cette zone aménagée sur des principes de durabilité est dite « à énergie positive » car le souhait est d’y voir s’implanter des bâtiments à énergie positive (BEPOS). Un cahier de préconisations censé concourir à la réalisation de bâtiments "vertueux" est proposé aux investisseurs et promoteurs (matériaux, modes de traitement de l'espace, approvisionnement énergétique). La commercialisation des lots et des immeubles a pris plus de temps que prévu et les "recommandations" proposées ont rencontré un écho inégal, reconnaît Annick Delannoy. Mais trois bâtiments d'activité répondent quand même aux normes souhaitées, et les logements affichent des performances thermiques ambitieuses. Enfin, les collectivités amiénoises se sont préoccupées de lutter contre le gaspillage alimentaire. Après diagnostic et expérimentation dans une dizaine de restaurants scolaires, un programme de sensibilisation et d'actions est désormais appliqué dans toutes les écoles de la ville d’Amiens.

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Bus à haut niveau de service électrique © Lagazettedescommunes.com

Une vie après le COTEC

La boucle a été bouclée par l'engagement de multiples actions de communication et de mobilisation "tous publics". Cela va des incontournables semaines de la mobilité ou du développement durable, à des événements ciblés sur le vélo et des "rendez-vous Planète", visant à fédérer des citoyen.ne.s autour des questions d’environnement. "Sur ce point comme sur d'autres, il est intéressant de noter que le mouvement se poursuit au-delà du terme du contrat d'objectifs, observe la cheffe du service  transition énergétique et climat, Annick Delannoy. Ces deux années de travail nous ont permis d'avancer concrètement et de poser des jalons. Depuis, le territoire a obtenu la labellisation Cap Cit’ergie et les services travaillent à la mise en œuvre du PACTE (Plan d’actions pour le climat et la transition énergétique). Le regard extérieur et le soutien que nous ont accordés la Région et l'Ademe ont marqué les élu.e.s amiénois.es ; ils ont conforté leurs convictions sur le sens de l'engagement écologique".

Fiche d'identité

Titre de l'opération : Contrat d'objectifs territorial énergie climat d'Amiens Métropole
Echelle : agglomération d'Amiens-Métropole (39 communes, 181 000 habitant.e.s)
Identification des porteurs de projet : communauté d'agglomération et ville d'Amiens
Contact : Annick Delannoy, 06 95 26 86 10, courriel : a.delannoy@amiens-métropole.com
Partenaires techniques : plusieurs bureaux d'études (Energies Demain, AEC expertise et conseil, Altérea)
Financeurs : Région Hauts-de-France et Ademe
Subvention : 448 000 € (deux tiers forfaitaires, un tiers lié aux résultats)
Période : 2016 - 2018
Bénéficiaires / cibles de l'action : élu.e.s, acteurs et habitant.e.s du territoire

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