Mis à jour le 19 décembre 2017

Marquée par l’héritage difficile de l’histoire industrielle, la ville de Loos-en-Gohelle mise depuis des années sur le développement durable pour réussir sa reconversion. Avec une question : comment évaluer et mesurer l’efficacité des politiques publiques mises en place pour les rendre plus efficaces ? 

Loos en Gohelle

Contexte et descriptif de l’action

Situé au cœur du Bassin minier du Pas-de-Calais, la ville de Loos-en-Gohelle a vécu au rythme de l'exploitation du charbon pendant des décennies avant que l'activité ne ralentisse fortement pendant les années 70 jusqu'à la fermeture définitive du dernier puits de mine en 1986. Comme les communes voisines, les 19e et 20e siècles ont profondément marqué une commune qui compte aujourd'hui 7 000 habitants. Les mines et la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle elle a été totalement détruite, ont laissé au territoire un héritage difficile : environnement pollué, économie en reconversion, population déclassée… Dès les années 80, la ville tente de tirer les leçons du passé pour s'engager sur le chemin de la résilience et de la transition écologique et sociale – ce qui en fait l’une des pionnières du développement durable dans l’hexagone.

Construire un cercle vertueux pour l'action publique

Lorsque l'argent public est engagé, l'évaluation de ses effets utiles (sur l'emploi, les dépenses énergétiques…) est capitale pour mesurer l'efficacité des politiques engagées. Celle des externalités négatives l'est tout autant, rappelle Julian Perdrigeat, directeur de cabinet depuis 2014 du maire de Loos-en-Gohelle, Jean-François Caron : « bien souvent, on met en place des politiques publiques pour corriger les externalités négatives des précédentes. L'enjeu de leur évaluation, c'est donc aussi de les limiter au maximum tout en étendant notre périmètre d'action et en développant au mieux les effets utiles. Mais nous ne sommes pas des experts de l'évaluation », reconnaît Julian Perdrigeat. C'est aussi ce qu'implique le statut de défricheur : tout est à inventer, au fur et à mesure.

Analyse de la démarche

D'abord menées au coup par coup, les actions engagées se sont progressivement organisées pour s'inscrire dans une vision de plus en plus cohérente et transversale. La ville s'efforce de mener des actions guidées par la volonté de « bien vivre ensemble », ancrées dans le réel, répondant à des besoins véritables et qualifiés tout en s’intégrant dans une approche systémique et globale. Votée en 2000, la Charte du cadre de vie fait ainsi figure de document d’autant plus fondateur qu’il se base sur une concertation menée avec les habitants. Toujours en application, il est suffisamment large pour pouvoir être adapté au fur et à mesure, comme un Agenda 21 qui fait office de référentiel d'évaluation tout en fixant la trajectoire.

Concertation habitante et co-construction sont au cœur de la démarche de la ville de Loos-en-Gohelle depuis les prémices de sa politique de développement durable. À l'origine ouverts pour écouter les besoins, doléances et questions des administrés, les espaces de discussion ont aussi permis de recueillir leurs retours et critiques, fournissant à la ville les premières ressources de son auto-évaluation.

De la "mise en récit" à la recherche du code source

D'abord menée chemin faisant, à tâtons, l'auto-évaluation s'effectue depuis 2013 par le biais de la « mise en récit ». « Cette approche narrative permet d'évaluer le chemin parcouru et celui qui reste à parcourir, de manière qualitative, en formalisant la méthode de conduite du changement qui nous a amenés là où nous sommes », explique Julian Perdrigeat, qui est également l'auteur de L'écologie en action, 30 ans de développement durable appliqué à Loos-en-Gohelle.

Retenue comme « démonstrateur ville durable » par l'ADEME en 2014, Loos-en-Gohelle est alors accompagnée et conseillée dans sa stratégie de transformation vers le développement durable par un comité scientifique composé d'experts, universitaires régionaux et nationaux, qui se réunit tous les deux ans. C'est également dans ce cadre que Quadrant Conseil, un bureau d'études extérieur spécialisé dans l’évaluation de l'action publique, évalue les indicateurs qualitatifs, par nature non quantifiables. L'objectif de ce nouveau niveau d'évaluation : en identifiant et en isolant les leviers mis en action à Loos-en Gohelle, révéler le « code source » de sa politique pour pouvoir le décliner – moyennant une indispensable contextualisation – à d'autres territoires. Enfin, le regard extérieur est une autre forme de retour sur l’action communale : ville pilote reconnue par l'ADEME, Loos-en-Gohelle reçoit chaque année autour de 400 visites de chercheurs, de journalistes, d’élus, de techniciens…

Plantations citoyennes en plein coeur de la ville

Bâtir une politique de développement durable

Suite à l’étude engagée, Quadrant Conseil identifie différents niveaux d'action, que le cabinet compare aux étapes de la construction d'une maison. Tout part des fondations, qui relèvent des valeurs d'un territoire et de son histoire propre. À Loos-en-Gohelle, c'est l'exploitation du charbon qui joue ce rôle. Pour les consolider, la ville s’appuie sur une approche narrative qui permet de créer les conditions de la définition d'une vision et d'une mise en trajectoire, mais aussi d'identifier les acteurs locaux sur lesquels on pourra s'appuyer.

Quatre piliers viennent ensuite soutenir l'édifice :

  • L'implication des habitants. Elle est suscitée, à Loos-en-Gohelle, par une information efficace, des instances de concertation libres et ouvertes à la critique et des projets en coproduction.
  • La pensée et l'action systémique, pour limiter les externalités négatives. C'est pour cette raison que Loos-en-Gohelle ne s’est pas doté d’un chargé de mission concertation ou évaluation en tant que tel. Chacun est invité à penser et à agir en tenant compte de tout son écosystème.
  • L'organisation en mode projet. Elle implique le droit à l'erreur et la prise de risque, qui permettent l'innovation.
  • Le rêve comme revendication. Jean-François Caron, le maire de Loos-en-Gohelle, utilise régulièrement l’image de « l'étoile et des cailloux blancs » : viser l'étoile suppose de semer des cailloux blancs sur le chemin. Si l'objectif affiché par la commune d’atteindre 100 % d’énergie renouvelable est loin d'être atteint, certains symboles sont parlants. Les panneaux solaires sur l'église, eux, représentent 0,01% du volume concerné par la ville, mais sont visibles et compréhensibles à 100 % pour les acteurs locaux.

Enfin, l'évaluation s’apparente à la pose de la charpente (les résultats sectoriels, quantifiables) et de la toiture qui vient s’appuyer dessus : les résultats systémiques et immatériels comme la mise en place d'un écosystème, la cohésion sociale, l'image du territoire, le sentiment de fierté des habitants…

Indispensable essaimage

Reste que « la politique de changement, aussi volontariste et dynamique soit-elle, n'a pour le moment qu'un impact limité sur le quotidien des citoyens », observe Julian Perdrigeat. « En agissant à l'échelle de la ville, on ne suffit pas. Aujourd'hui, la question du changement d'échelle est cruciale ».

Et c’est bien l'autre enjeu, tout aussi capital, de l'évaluation de son action par la ville de Loos-en-Gohelle : encourager l'essaimage systémique d'une conduite du changement au niveau local, national, international. Formaliser la « méthode loosoise » et évaluer son efficacité par le biais de la mise en récit et la recherche de son code source, mènera à l'identification des conditions d'application et de réussite de la conduite du changement, qui permettra sa réplicabilité.

Loos en gohelle : Un toit solaire pour l'église

Demain, progresser encore

Ces prochaines années, Loos-en-Gohelle va poursuivre son engagement pour améliorer son action en se concentrant sur les thématiques de transition. Transition énergétique d’abord, enjeu d’autant plus important qu’il représente un véritable vecteur d'activité locale. Transition alimentaire ensuite, pour les enjeux liés à l'insertion, à l'agriculture, au pouvoir d'achat et à la santé qu'elle soulève. Transition démocratique enfin, pour renforcer la capacité collective à porter les projets en consolidant les espaces de discussion pour une gouvernance durable.

Les prochains défis qui se présentent à la ville concernent aussi, bien sûr, sa politique de changement d'un point de vue systémique. Le sujet du changement d'échelle est central : Loos-en-Gohelle est aujourd'hui désireuse de faire système avec un réseau de villes paires (dans la région, en France, à l'étranger…). Pour cela, il faudra là encore travailler ensemble la trame d'un récit collectif et explorer les codes source propre à chacune pour en révéler les invariants, les éléments contextuels, les leviers d'action qui permettront de massifier la transition. Enfin, il est crucial de travailler à la pérennisation du modèle au-delà des équipes en place en créant les conditions d'apparition de nouveaux leaders.

Fiche d’identité

  • Lieu / Échelle de l'action : démarche territoriale déployée sur la commune de Loos-en-Gohelle
  • Structure porteuse : Ville de Loos-en-Gohelle
  • Contact : Julian Perdrigeat - julian.perdrigeat@loos-en-gohelle.fr
  • Partenaires : ADEME
  • Date de lancement de l’opération : 2013

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