Mis à jour le 27 juin 2017

Au nord y’avait les corons… un vaste parc d’habitations minières qui nécessite aujourd’hui d’être rénové. Face à cet enjeu, le projet expérimental Réhafutur 1 et 2 contribue à la réhabilitation de ce patrimoine ancien aux normes environnementales de demain et à la sensibilisation et formation des professionnels du bâtiment à ces nouvelles techniques.

Contexte et description de l’action

Loos-en-Gohelle. La base du 11-19, site de référence des métiers du développement durable. Les deux plus hauts terrils d’Europe, symbole de la période d’extraction minière de ce territoire du Pas-de-Calais, situé entre Lens Arras et Béthune. Un patrimoine minier classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Une maison d’ingénieur des mines datant des années 1920.

 Réhafutur vue Loos-en-Gohelle

© Cd2e

Réhafutur, une double ambition

Dans ce contexte, Réhafutur est un projet expérimental et innovant d’éco-rénovations avec usage d’éco-matériaux.

Dans le programme Réhafutur 1, la maison d’ingénieur située place de Lorraine à Loos-en-Gohelle devient un laboratoire de 395 m2 alliant la très basse consommation à l’usage d’éco-matériaux en rénovation et bénéficiant d’une instrumentation complète pour mesurer le comportement réel du bâtiment. Cette opération co-financée par le Conseil Régional des Hauts-de-France, l’Etat, l’ADEME est aussi l’un des quatre projets démonstrateurs du projet européen CAP’EM (Cycle Assessment Procedure for Eco-impacts of Materials) sur l’impact environnemental des matériaux de construction. Depuis 2015, date de sa livraison, Réhafutur 1 est ausculté en permanence par 80 capteurs et les données recueillies sont traitées dans le cadre d’une thèse conduite par le laboratoire LGCgE à l’Université d’Artois et Lille I. Les résultats sont attendus pour 2019.

hafutur 2, c’est un chantier de rénovation thermique à coûts maîtrisés de six premières maisons, à Liévin, Loos-en-Gohelle et Lens. L’expérimentation, qui vise à atteindre les performances énergétiques de rénovation basse consommation, c’est-à-dire 104 kwh/m2.an, a recours aux matériaux biosourcés (obtenus à partir de matières premières renouvelables issues de la biomasse) et tient compte du coût global qui garantira la reproductibilité de l’opération et offrira une solution de rénovation de l’habitat minier à plus grande échelle.

Enfin, le laboratoire et les chantiers sont la vitrine régionale et l’outil d’apprentissage d’un nouveau savoir-faire de construction durable ayant vocation à sensibiliser, former et accompagner les professionnels de la filière du bâtiment, un secteur dont les pratiques sont en pleine mutation.

Analyse de l’action

Rehafutur

Comment les solutions constructives avec des éco-matériaux se comportent-elles dans le temps ? « C’est le véritable enjeu de Réhafutur 1 qui est de montrer les performances réelles et in-situ des éco-matériaux, déclare Frédéric Laroche en charge du projet au cd2e, pôle d’excellence sur les écoactivités et au cluster Ekwation, le cluster de la construction durable en région Hauts-de-France. Les logiciels de calcul de résistance thermique existants proposent des estimations mais on se rend compte aujourd’hui que la théorie ne correspond pas tout à fait à la réalité du terrain et les mesures des matériaux classiques sont en géral moins performantes. »

A l’inverse, certains éco-matériaux, comme le béton de chanvre, s’avèrent plus efficaces que leurs performances annoncées. D’où la nécessité de tester leur performance réelle sur la durée.

 

© Cd2e

Les matériaux bio-sourcés à l’œuvre

La maison de l’ingénieur met ainsi en œuvre plusieurs solutions de matériaux bio-sourcés et analyse leurs qualités isolantes pour le confort d’été et d’hiver. La toiture a été isolée en fibre de bois, la façade sud-ouest en ouate de cellulose, au sud-est, en béton de chanvre, la façade nord-ouest en fibre de lin et au nord-est en laine de mouton.

Le liège a été choisi comme isolant pour le plancher de la maison. Ceux des étages bénéficient d’un réel confort acoustique grâce au coefficient d’absorption du textile recyclé utilisé. Enfin, l’impact des ponts thermiques a été pris en compte grâce à un mur de refend (ou mur porteur intérieur) désolidarisé et l’enveloppe du bâtiment a été traitée intégralement à l’étanchéité à l’air.

L’instrumentation en continu de la maison permet d’évaluer ses performances hygrothermiques (température et taux d'humidité de l'air ambiant) et de confort et les intégrations d’écorchés de construction de visualiser la mise en œuvre de chaque isolant. « Nous avons également essayé, avec ce démonstrateur, d’intégrer au maximum dans notre démarche les principes de l’économie circulaire avec le recyclage, le réemploi et l’analyse en cycle de vie des matériaux, poursuit Frédéric Laroche. 

Découvre notre vidéo Climatour "Bâtiment public et logement social : à la recherche de l'économie circulaire"

Climatour 9 "Bâtiment public et logement social : à la recherche de l'économie circulaire"

Durée: 05:50

En juin 2016, le Pôle Climat du Cerdd organisait une visite Climatour en partenariat avec l'ADEME, pour découvrir sur le terrain les approches cycle de vie et économie circulaire qui peuvent être développées lors d'une construction ou d'une rénovation dans le patrimoine public. Revivez cette visite avec nous !

 

Un surcoût initial vite amorti

Comment opérer des réhabilitations durables sur de l’habitat ancien en respectant enveloppe budgétaire raisonnable et en prenant en compte les mesures et les concepts testés ? C’est l’objet de Réhafutur 2 qui vise la rénovation BBC de logements, dans une démarche de conception et de réalisation par des groupements d’entreprises. « Nous essayons de placer le curseur le plus loin possible tout en gardant l’objectif de reproductibilité du modèle, indique le chargé de projet. Le surcoût initial de 20 % peut être récupéavec l’amortissement du coût global de l’opération en entretien, maintenance et gains des coûts énergétiques. A titre d’exemple, le surcoût lié à l’emploi d’un éco-matériau sera amorti car il sera remplacé au bout de quarante ans contre vingt ans pour un matériau classique. »

Réhafutur 2

Résultats de l’action

Depuis sa rénovation, Réhafutur 1 accueille les bureaux du pôle écoconstruction du cd2e et ceux de la délégation territoriale de la Fédération Française du Bâtiment. C’est aussi un lieu d’information et de formation dédié aux professionnels du bâtiment. Près de 1000 personnes par an – bailleurs sociaux, étudiants en architecture, techniciens des collectivités territoriales, maçons… - viennent découvrir sur site les solutions constructives. « L’enjeu est énorme pour les artisans et les architectes de faire le bon choix de matériaux adaptés, pour chaque projet de réhabilitation », précise encore Frédéric Laroche.

Performance énergétique démontrée

Le démonstrateur a atteint l’objectif fixé en termes de performance énergétique et cette demeure de 350 m2 « consomme moins d’énergie qu’un appartement en centre ville ». Les autres éléments de mesure seront connus dans les deux années à venir.

Quant aux chantiers de Réhafutur 2, ils accueillent régulièrement des animations thématiques pour les  professionnels. Quatre maisons sur six ont été à ce jour réhabilitées par des groupements d’entreprises. Un test d’étanchéité vient d’être réalisé sur les deux premières maisons. Si la mesure relevée de 0,75 v/h est un excellent indicateur, c’est aussi le résultat d’une bonne performance technique, du savoir-faire et de l’articulation de l’intervention des entreprises.

 

Ce qu’il faut retenir

« Une réhabilitation exemplaire au niveau énergétique, c’est un choix d’éco-matériaux adaptés au projet, associé au savoir-faire des différents corps de métier qui se coordonnent dans leur ouvrage. D’l’importance de développer ces nouvelles méthodes de travail et d’aider les artisans à travailler en groupement. »

 

Fiche d’identité :

Titre de l’opération : Réhafutur 1 & 2, projet expérimental et innovant d’éco-rénovations d’un patrimoine classé

Lieu/Echelle de l’action : À Loos-en-Gohelle pour expérimentation sur quelques communes du bassin minier. Rayonnement régional et européen.

Structures porteuses : Maîtrise d’ouvrage : Maisons & Cités / Maîtrise d’ouvrage déléguée : Ekwation

Contact : Cd2e et Ekwation, Frédéric Laroche, f.laroche@ekwation.fr, 03 21 13 06 80, www.cd2e.comwww.ekwation.fr (Pour toute demande de visite, contacter le cd2e)

Partenaires : Cd2e, Ville de Loos-en-Gohelle, Fédération des SCOP BTP, FFB, Région Hauts-de-France, ADEME

Montant de l’opération : 1 M€ Réhafutur 1 et 1 M€ Réhafutur 2

Financement ADEME : 800 000 €

Indicateurs de moyens et de résultats : Les objectifs visés sont en cours d’évaluation ➔

Besoin de chaleur : QH <30kWu/m2.an.

Besoin en énergie primaire : QO<122 kWhu/m2.an

Fréquence des surchauffes > 25°C < 8%

Etanchéité à l’air, valeur cible : n50 < 1 vol/h. Relevé : 0,75 vol/h

Date de l’opération : Réhafutur 1 : 2012-2015 / Réhafutur 2 : 2016-2018

ficiaires/cibles de l’action : Usagers des bâtiments et locataires des logements

Documents de rérence disponibles : Site de Rehafutur : www.rehafutur.fr

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