Mis à jour le 14 décembre 2021

41 personnes ont participé au Climatour "Quand la mer monte : le patrimoine naturel au cœur de l'adaptation du littoral" le mardi 19 octobre 2021. Retour sur cette visite de terrain ensoleillée qui s’est déroulée au cœur de la Baie de Somme, de Saint-Valéry-sur-Somme à Cayeux-sur-Mer. Au programme : adaptation, solutions fondées sur la nature, culture du risque et coopération.

« La Baie de Somme connaît un afflux touristique important depuis les années 2000. C’est un véritable défi en termes d’aménagement car la masse de touristes est difficilement compatible avec la préservation de l’environnement, introduit Patricia Poupart, présidente du Parc naturel régional (PNR) Baie de Somme Picardie maritime, créé en 2020. Le PNR aujourd’hui est pour nous l’outil opérationnel en termes d’aménagement. Nous nous sommes dotés d’une charte, d’un SCoT (Schéma de COhérence Territoriale), auquel on a adossé un PCAET… ce sont des outils réglementaires avec lesquels on s’inscrit dans la durée. »

Patricia Poupart
Patricia Poupart, présidente du PNR Baie de Somme Picardie maritime. © LB/CERDD

Préserver et entretenir son patrimoine naturel dans une perspective d’adaptation au changement climatique, et de développement touristique

L’histoire de la Baie de la somme et les dynamiques du littoral samarien ont construit une identité centrée sur l’eau et les espaces naturels. Le territoire s’est ainsi façonné peu à peu autour de ces enjeux, dont les activités économiques comme l’élevage en pré salé, la pêche, la pisciculture et la conchyliculture, ou encore le cyclotourisme et le tourisme balnéaire en sont le reflet. Les démarches de patrimonialisation de la Nature (réserves, parcs…) permettent de valoriser ce patrimoine naturel dans le développement territorial d’une part, et de le préserver face aux pressions grandissantes liées au développement du tourisme de masse, l’artificialisation des sols ou au changement climatique.

Mais la présence de l’eau et les événements passés (submersions marines, inondations) ont également mis en évidence la nécessité de développer et d’entretenir une culture du risque sur le territoire.

En effet, le territoire de la Baie de Somme est particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique. Plusieurs vulnérabilités territoriales sont identifiées comme prioritaires par le Plan Climat Air Energie Territorial (PCAET) porté par le PNR :

  • Submersion marine, tempêtes et érosion du trait de côte
  • Inondations par remontées de nappes dans les vallées
  • Érosion des sols
  • Sécheresses et retrait-gonflement des argiles
  • Vagues de chaleur et diminution des jours de gel

« La synthèse de tous ces aléas nous a permis de mettre en place un programme d’action, complète Josué Bulot, chargé de mission Plan Climat au PNR Baie de Somme. Une des priorités est d’aménager et gérer le territoire de manière résiliente et sobre en énergie, notamment en préservant les puits de carbone (prairies humides, tourbières, forêts…), en restaurant les connexions écologiques et en préservant la trame verte et bleue. Une multitude d’acteurs et de programmes se retrouvent autour de ces sujets, chacun jouant son rôle, et le PCAET BS3V a un rôle d’interlocuteur et de sensibilisateur sur l’adaptation au changement climatique. »

Josué Bulot
Josué Bulot, chargé de mission Plan Climat au PNR Baie de Somme. © LB/CERDD

L’adaptation au changement climatique passe par la préservation, la gestion durable et la valorisation des écosystèmes ; on parle de solutions fondées sur la nature. Celles-ci sont prises en compte dans la Charte du PNR.

Cette attention particulière aux solutions fondées sur la nature est révélatrice d’un nouveau prisme dans l’aménagement du territoire : celui du “vivre avec” le risque plutôt que lutter contre, et de la gestion douce du trait de côte. On observe ainsi sur le littoral samarien, au fil des visites, les marques d’une évolution des perceptions et des pratiques face au risque : d’un littoral façonné par la création de polders, la gestion du trait de côte se transforme pour une gestion douce et fondée sur la nature, aménageant des zones littorales tampon entre la mer et les enjeux.

Accompagner le mouvement du trait de côte : un exemple de dépoldérisation

En Baie de somme, des expérimentations mettent en lumière ces nouvelles réflexions autour de la gestion du trait de côte, et notamment la question du recul stratégique. En effet, face au risque, il peut être préférable de relocaliser les activités et les biens vers l’intérieur des terres pour laisser le trait de côte évoluer naturellement.

Les usages sur ces terres ainsi rendues au mouvement des marées sont alors transformés et ces mutations doivent être anticipées : par exemple les réserver à de l’agriculture en zone humide. Ce peut être source d’activités économiques locales, comme l’élevage d’agneaux de prés-salés, Appellation d’Origine Protégée, et d’opportunités dans l’aménagement du territoire. L’expérimentation et la préservation des écosystèmes occupent une place centrale dans ces stratégies.

« Le Conservatoire du littoral est source d’expérimentations sur ces espaces publics, souligne Yvan Jacquemin du Conservatoire du littoral. On travaille en lien avec les opérateurs économiques qui sont présents sur ces sites, et on réfléchit à des espaces de transition. »

Climatour #18

Le projet de dépoldérisation de la ferme de la Caroline visité lors de ce Climatour est porté par le Département de la Somme. En réflexion depuis les années 1990, il a pour objectif principal le désensablement de la Baie par la restauration d’un fonctionnement hydraulique plus naturel sur cette zone. La réalisation d’une brèche dans la digue de la Gaîté permettra à l’eau de conquérir la zone actuellement poldérisée lors des marées, tandis qu’une seconde digue, plus reculée et dimensionnée par le PAPI, viendra délimiter cette zone. Les enjeux fonciers de ce projet mettent en avant l'importance de la gestion du sol dans les projets d’adaptation, ainsi que les échelles temporelles de ces actions.

Le Climatour a également été l’occasion de revenir sur l’expérience de la Baie d’Authie, où le Conservatoire du Littoral mène un projet pilote dans le cadre du projet européen LifeAdapto afin de co-construire avec les acteurs locaux une gestion résiliente du linéaire côtier, grâce aux bâches pédagogiques autour desquelles les participant·es se sont massés pour découvrir les enjeux du projet.

« Ces expérimentations permettront de nourrir d’autres territoires qui ne sont pas encore concernés, de nourrir les décisions, souligne Yvan Jacquemin. L’idée est de pouvoir à terme permettre à la mer de reprendre ses droits ».

Le Conservatoire du littoral baie de Somme Climatour 18
Le Conservatoire du littoral présente d'autres projets sur d'autres territoires. © LB/CERDD

Risques pour les personnes et les infrastructures, enjeux de foncier, bénéfices écologiques des projets, services écosystémiques rendus par la Nature, réflexion sur la transformation et l’adaptation des activités économiques sur les terres rendues à la mer… L’intrication des sujets témoigne de la vision globale indispensable aux projets d’adaptation et de la planification de ces projets à court, moyen et long-terme (les trajectoires d’adaptation).

Enfin, ces projets révèlent les nombreux freins psycho-sociaux qu’il est nécessaire de prendre en compte pour l’adaptation au changement climatique, à l’image du dialogue sur la transformation des usages des terres. Cette visite était l’occasion de rappeler le besoin de sensibilisation, de concertation et d’accompagnement pour tout projet de transition. La méthode du Dialogue Territorial™a notamment été présentée comme outil de conciliation des différents points de vue sur des projets complexes, ou soulevant des passions.

>>> Voir nos publications sur ce sujet :

Vers des espaces publics résilients : les projets de Cayeux-sur-Mer

Là où le recul n’est pas possible, le développement d’aménagements résilients est nécessaire : protection contre l’aléa d’une part, et adaptation des espaces publics d’autre part pour permettre de maintenir les fonctions essentielles du territoire lors de la survenue d’une crise et protéger les populations.

« Les habitants de Cayeux-sur-Mer sont habitués aux paquets de mer qui arrivent dans la ville, mais il va falloir qu’ils s’habituent à ce que cela soit de plus en plus fréquent », prévient Jérôme Courtois, chargé de mission "Aménagement" pour le Syndicat Mixte Baie de Somme Grand Littoral Picard.

À Cayeux, cela passe à court-terme par le rechargement régulier du cordon de galets qui protège le front de mer, mais aussi par une gestion optimisée de l’eau en cas de submersion. Le principe est de désimperméabiliser au maximum le sol pour permettre à l’eau de s’infiltrer dès son introduction dans la ville. Quand ce n’est pas possible, l’objectif est de l’acheminer naturellement vers des zones naturelles ou végétalisée, où elle est stockée et infiltrée.

Enfin, l’optimisation de la gestion de crise et le développement d’une culture du risque par les habitant·es permettent de réagir efficacement face aux crises.

« L’approvisionnement naturel en galets n’était plus suffisant, souligne Jérôme Courtois. Nous avons mis en place des épis qui retiennent des galets et ceux qui sont évacués par la mer sont ensuite ramenés ici. »

Climatour #18 - 2

L’observation des dynamiques littorales est essentielle afin de comprendre les évolutions liées au changement climatique, préalable à l’écriture et la priorisation d’un plan d’actions à différents horizons temporels (à ce sujet voir l’outil Trajectoires d’Adaptation au Changement Climatique et Territoires de l’ADEME).

Le Réseau d'Observation du Littoral (ROL) de Normandie et des Hauts-de-France collecte, suit, analyse et met à disposition des acteurs les données de suivi des dynamiques littorales, et peut accompagner les territoires sur ce sujet.

« Nous faisons le lien entre la science et les acteurs en charge du littoral, nous avons un véritable rôle de transmission », souligne Julie Pagny du ROL.

L’adaptation passe par la coopération

Le Parc Naturel Régional, porté par le Syndicat Mixte Baie de Somme 3 Vallées, vient depuis sa création en 2020 compléter les outils d’intégration de l’identité naturelle dans l’aménagement du territoire. Également porteur du PCAET et du SCoT, Baie de Somme 3 Vallées devient un espace central de travail en commun entre les différents acteurs territoriaux, permettant une prise en compte des enjeux climatiques à une échelle cohérente, en endossant un rôle de coordonnateur des transitions sur le territoire.

Ainsi se dessine-il en filigrane au cours de la visite l’importance de l’articulation des échelles territoriales et de planification entre elles, de la coopération entre les acteurs du territoire pour garantir les complémentarités entre littoral et arrière-pays, et la nécessité de penser ces démarches dans le temps long.

En ce qui concerne plus précisément la gestion du risque, ces dynamiques de coopérations se retrouvent au sein des instances du PAPI (Plan d’Actions pour la Prévention des Inondations), porté par le Syndicat Mixte Baie de Somme Grand Littoral Picard, et du SAGE (Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux, piloté par l’EPTB Ameva.

La structure de coopération du PAPI permet, à l’échelle des trois vallées de la Somme, de la Bresle et de l’Authie une prise en compte coordonnée du risque inondation (renforcé par le changement climatique). Ce plan d’action orchestre différents types d’intervention complémentaires et portées par différentes structures : études et connaissance du territoire, mise en place de solutions grises comme des digues, de solutions vertes fondées sur la nature ou de solutions douces comme la culture du risque ou la gestion de crise (par exemple, les Plans Communaux de Sauvegarde, PCS).

Vers un « Tourisme Nature » plus résilient

Le changement climatique crée depuis quelques années de nouveaux flux touristiques vers le nord de la France ,avec une saison touristique plus clémente et plus longue source de revenus pour les territoires comme la Baie de Somme. Mais cette nouvelle donne est également menacée par les vulnérabilités de ces activités. Une stratégie d’adaptation doit être mise en place afin de faire face à ces nouveaux flux et de les organiser, mais aussi afin de ne pas subir les impacts du changement climatique sur les activités et la santé des touristes.

De plus, le développement d’un tourisme de masse et essentiellement balnéaire peut être une menace pour le patrimoine naturel et la biodiversité, dont nous connaissons pourtant les bénéfices pour l’adaptation au changement climatique.

Face à ces enjeux, la Baie de Somme a fait le choix d’une stratégie de développement d’un “Tourisme Nature”, valorisant et protégeant le patrimoine naturel (cyclo-tourisme, réserves naturelles, activités de pleine nature,…). De plus, la stratégie engagée vise à répartir les flux vers l’arrière-pays plutôt que sur la seule bande littorale, afin d’éviter les concentrations trop importantes.

Les projections du changement climatique nécessitent de penser cette offre touristique adaptée au climat futur (confort estival, sécurité, infrastructures adaptées,…).

Ces différents sites traversés au cours de ce climatour donnent à voir la nécessité de mettre en place une stratégie globale pour s’adapter au changement climatique, et d’adopter une vision systémique pour permettre une intervention cohérente. Ils soulignent aussi la nécessité d’une véritable coopération entre tous les acteurs concernés, d’autant plus que se lancer dans une stratégie d’adaptation au changement climatique est synonyme de transformations profondes dans la manière de vivre, d’habiter et d’aménager le territoire.

En Baie de Somme, l’identité paysagère se trouve ainsi être un élément central autour duquel les acteurs se rencontrent pour penser ensemble un projet de territoire, et développer conjointement les stratégies d’adaptation au changement climatique et de développement local.

Des ressources pour aller plus loin

Climatour #18 Dossier bibliographique

Bientôt disponible : la vidéo de capitalisation

>> En attendant, découvrez le contenu des précédentes les visites Climatour !

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