Mis à jour le 6 décembre 2017

Comment chauffer autrement et moins cher les bâtiments communaux ? La Ville de Valenciennes exploite déjà l’énergie fatale sur ses canalisations d’eaux usées et avance, pas à pas, vers la création de petits réseaux de chaleur interconnectés.

CONTEXTE et descriptif de l'action

La Ville de Valenciennes a établi un Agenda 21 local dès 1998 et la communauté d’agglomération Valenciennes-Métropole s’est récemment dotée d’un plan climat territorial. Autant de raisons qui incitent la commune à agir dans le domaine des énergies renouvelables. Olivier Javerliat, directeur du service municipal du patrimoine bâti, en ajoute une autre : la volonté manifestée par le maire, Laurent Degallaix, comme par son prédécesseur Dominique Riquet, de lutter contre la précarité énergétique. On estime que 1 100 foyers valenciennois consacrent plus de dix pour cent de leurs revenus à leurs dépenses de chauffage ; il doivent pouvoir accéder à des sources d’énergie et à des modes de distribution moins coûteux.

ANALYSE DE LA DÉMARCHE

Peu d’ENR sauf à la mairie

C’est dans cet esprit qu’une étude a été confiée, en 2012, au cabinet Saunier et associés 1 . Elle a porté sur 64 grands bâtiments communaux, qui engloutissent 26 gigawattheure par an (GWh/an), dont 75 % d’électricité, 23 % de gaz et 2 % de fioul. La facture s’élève à 1,8 M€, soit 80 % de la dépense énergétique de la Ville. Les experts ont relevé qu’un tiers de ces équipements gros consommateurs affichaient des performances énergétiques moyennes ou mauvaises. Et que très peu d’éléments du parc étaient alimentés par des énergies renouvelables, à l’exception notable de l’Hôtel de Ville.

En 2010 en effet, la Ville s’est engagée dans une réalisation pionnière, reproduite depuis dans plusieurs villes de France : la récupération d’énergie fatale (c’est-à-dire perdue si elle n’est pas utilisée) sur des conduites d’eaux usées, pour chauffer le bâtiment de la mairie. Initiative déjà soutenue à l’époque par l’ADEME et la Région Nord-Pas de Calais.

Du bois et des eaux

Trois ans plus tard, le cabinet Saunier a inventorié tous les autres gisements renouvelables envisageables. S’agissant de production d’électricité, l’éolien a été écarté, son potentiel étant jugé négligeable au vu des caractéristiques du territoire. L’apport de solaire photovoltaïque a été estimé à 0,1 GWh/an seulement. "Nous avions un peu investi dans des panneaux ces dernières années mais le rendement s’avère très faible", explique Olivier Javerliat. Au rayon hydroélectricité, seule deux écluses peuvent être exploitées, sur l’Escaut et dans le marais de l’Epaix. Plus intéressante apparaît l’exploitation du centre de valorisation des déchets ménagers mais l’installation possible d’une cogénératon demande une investigation complémentaire. Hors cette inconnue, quelque 2 GWh/an d’électricité renouvelable devaient pouvoir être fabriqués sur le territoire communal.

Dans les carrières

En matière de chaleur, de nombreuses pistes ont été explorées : le solaire thermique, la biomasse (plaquettes ou granulés de bois) ou encore la géothermie, branchée directement sur les nappes phréatiques ou procédant par sondes dans le sol. Variante : la récupération des calories contenues dans les nombreuses carrières de craie locales avant leur comblement ; cette idée a été remarquée par le ministère de l’écologie et pourrait un jour intéresser les 5 000 communes de France dont le sol est plus ou moins creux. Le dernier gros morceau, c’est la génération de chaleur à partir des calories des eaux usées, prélevées sur les canalisations ou directement sur la station d’épuration locale Oval. Par ailleurs, les boues et le biogaz, résultant du traitement des eaux par l’équipement, peuvent être valorisés comme combustibles.

34 M€ d’économies en vue

Au total, l’étude identifiait une production potentielle de "chaleur renouvelable" de 13,2 GWh/an (ce qui représente 50 % de la consommation actuelle des immeubles étudiés), dont près de la moitié provenant du recours au bois en plaquettes. Pour chaque équipement considéré, étaient présentées les énergies disponibles (soit qu’elles se trouvent à proximité, soit que leur acheminement sur place ne pose pas de difficultés) ; avec en regard, les parts des besoins couvertes. L’investissement global était estimé à 11,5 M€ mais la perspective de factures évitées était de 34 M€ sur vingt-cinq ans. Dans la foulée de ce travail, la direction du patrimoine bâti a demandé à deux étudiants de l’école des Arts et Métiers de Lille (ENSAM) de réfléchir concrètement à la faisabilité de réseaux de chaleur. Ils se sont attachés à deux quartiers dont la situation semblait favorable, la plaine de Mons et le secteur des Tertiales. Aux besoins déjà connus des bâtiments communaux, ils ont ajouté la consommation, relevée ou estimée, de quelques résidences de logements sociaux et privés. Dans le premier quartier, un réseau pourrait être constitué d’une série de pompes à chaleur géothermiques, doublée de chaudières au gaz. La dépense (7,2 M€) pourrait être amortie en une vingtaine d’années et entraînerait une baisse du coût de consommation énergétique de 20 à 30 %. Aux Tertiales, le chauffage par biomasse semble s’imposer. "Mais la logique d’un réseau de chaleur est bien de diversifier et mixer les sources", souligne Olivier Javerliat.

Des réseaux ouverts

Jusqu’où ira la Ville de Valenciennes dans cette démarche de projection et de développement des énergies renouvelables ? Dans l’immédiat, elle lance une nouvelle consultation de bureaux d’étude pour effectuer sur la totalité de son territoire le travail amorcé par les étudiants de l’ENSAM. A partir de là, on peut imaginer la réalisation de plusieurs réseaux interconnectables, construits par la commune en direct ou sous forme de partenariats publics-privés, et exploités en régie municipale ou par délégation de service public. Déjà des opérateurs de l’énergie ont manifesté leur intérêt auprès des services municipaux face à ces perspectives. Rien n’est encore arrêté et on se doute que ce sera une oeuvre de longue haleine. "Chambéry vient de boucler un système de réseaux qui couvre ses besoins mais le chantier a débuté il y a vingt ans", note le directeur du patrimoine bâti valenciennois. L’enjeu, rappelle Olivier Javerliat, est bien d’ouvrir l’accès à ces systèmes à tous les habitants qui le souhaitent et de contribuer ainsi à l’amélioration de leur qualité de vie.

Ce qu'il faut retenir

Il s’agit d’une étude à caractère stratégique pour l’ensemble du territoire et qui intègre les enjeux environnementaux et économiques locaux.

FICHE D'IDENTITÉ

Lieu/échelle d'intervention

Ville de Valenciennes

Identification du porteur de projet

Partenaires

  • Partenaires : ADEME et Conseil régional Nord-Pas de Calais
  • Prestataires : Saunier & associés

Indicateurs de moyens et de résultats

Indicateurs :

  • Production potentielle de chaleur renouvelable : 13,2 GWh/an
  • Production potentielle d’électricité renouvelable (hors valorisation possible des déchets ménagers) : 2 GWh/an
  • Coût de l’opération : 51 600 € HT
  • Financement FRAMEE : 70 %, soit 36 120 €

Période de réalisation

  • Durée de l’opération : 12 mois
  • Année de l’opération : 2012

Bénéficiaires / cibles de l'action

Citoyens et acteurs professionnels de la Ville de Valenciennes

   

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