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Mis à jour le 11 janvier 2024

Les phoques, animaux emblématiques de la Baie de Somme, sont las. Tant de visiteurs troublent leur tranquillité. Avec l’aide du Parc naturel régional Baie de Somme-Picardie maritime, ils lancent un SOS : « La Baie de Somme, côté terre, vous accueille dans sa diversité de paysages et d’activités ! ». Un appel pour avoir la paix et préserver la biodiversité de la baie maritime surfréquentée et dont le trait côtier, faut-il le rappeler, recule de plus en plus.

 

Les Hauts-de-France connaissent depuis quelques années une forte croissance du secteur touristique, en partie en raison des conditions climatiques plus favorables. Une aubaine pour les professionnel·les du tourisme mais qui peut se transformer en menace pour la biodiversité des sites naturels, du fait de la surfréquentation et de leur vulnérabilité aux phénomènes climatiques extrêmes.

Depuis 2019, l’ADEME propose une démarche expérimentale pour l’adaptation au changement climatique du secteur touristique : elle accompagne des sites en Hauts-de-France dans l’élaboration d’un diagnostic de vulnérabilité au changement climatique. 

Le tout jeune Parc naturel régional (PNR) Baie de Somme-Picardie Maritime, créé en 2020, en fait partie, tout comme le Parc du Marquenterre.

> À lire aussi, notre fiche initiative : Le Parc du Marquenterre s’adapte aux risques climatiques accrus

Réalisé en 2021 avec l’aide des cabinets conseil ACTERRA et I Care, les conclusions de cet accompagnement ont été rendues en 2022 et déclinées en cinq fiches action considérées comme prioritaires et quatre fiches action complémentaires. Toutes seront intégrées dans la Révision de la Stratégie de Développement Touristique et Organisationnel du territoire de la Baie de Somme-Picardie Maritime dont l’étude a démarré en mai 2023.

L’adaptation au changement climatique, nouveau fil rouge des politiques touristiques

Baie de somme © SMBSGLP-S.DESANLIS
Baie de somme © SMBSGLP-S.DESANLIS

Le groupe de travail « Tourisme et Climat », créé en 2017 par le PNR, et repris en tant que première action prioritaire, invite de nombreux partenaires autour de la table : les cinq offices de tourisme du territoire, les EPCI et les professionnel·les du tourisme. Le but est de coordonner la dynamique de la destination touristique et désormais de faire converger leurs différents schémas de développement et d’aménagement en intégrant l’adaptation au changement climatique.

« L’étude de l’ADEME permet de disposer de données chiffrées, fiables et non discutables pour savoir comment aménager ensemble notre territoire pour 2030 et rendre cet aménagement cohérent, souligne Marc-Adrien Weyl, responsable du pôle attractivité-promotion du parc. Nous vivons sur une mine d’or à ciel ouvert, nous devons faire attention à ne pas la détruire. » Et de rappeler le credo du PNR : « Développer pour préserver et préserver pour développer ». 

Les risques de la surfréquentation, voire de la saturation touristique de l’espace maritime de la Baie de Somme liée à l’incroyable beauté de ses espaces sauvages préservés, sont notamment la destruction du patrimoine naturel et la dénaturation de l’expérience touristique. Alors comment apprendre désormais à vivre en harmonie avec les écosystèmes, à favoriser la cohabitation humaine avec la nature ?

Cinq actions prioritaires programmées

Cette interrogation vitale pour notre société contemporaine est le moteur de la première action :

# Conforter le groupe de travail technique « Tourisme et Climat », lequel aura également à charge de plancher sur les quatre autres actions prioritaires programmées. Dès 2021, le PNR a d’ailleurs créé avec Somme Tourisme un Observatoire touristique pour recueillir des données chiffrées et mieux connaître les touristes, devenant un outil indispensable d’aide à la décision pour la mise en œuvre des actions en faveur de l’adaptation au changement climatique de la Baie de Somme. Le territoire sera en effet l’un des plus impactés de France, comme l’indique la carte de montée des eaux du GIEC avec un retour estimé, à échéance 2030-2050, au trait de côte datant du Moyen Âge. 

8-Baie_Somme_moutons_prés-salés_©SommeTourisme_FLeonardi
Moutons des prés-salés ©SommeTourisme_FLeonardi

# Promouvoir l’installation d’activités à l’intérieur des terres 

« Comment rééquilibrer la pression touristique sur l’ensemble du territoire ? Comment attirer les visiteurs et visiteuses à l’intérieur des terres pour relâcher la pression sur la côte maritime et initier de nouvelles pratiques touristiques plus résilientes avec le patrimoine naturel ? ». Une des réponses du PNR est la parution, chaque année, d’un Carnet de Sorties – 350 au total – pour inviter les touristes à sortir des sentiers battus en s’aventurant au cœur de la vallée de la Baie de la Somme pour en explorer, tout au long des douze mois de l’année, les sites multiples et variés. 

À ce jour, le taux d’occupation estival pour les hébergements du littoral est très important (90 % en juillet-août) et dépasse les 35 % le reste de l’année. Le PNR cherche à équilibrer les taux de remplissage des hébergements, au profit de séjours à l’intérieur des terres et de journées d’excursion par mobilité douce vers la côte maritime. 

# Former et sensibiliser les visiteurs et les opérateur·ices aux risques climatiques

L’éducation aux risques liés au changement climatique et encourus par le territoire est une priorité. Les études arrivent au bon moment pour lancer une nouvelle dynamique, tant au niveau des touristes que des habitant·es et des opérateurs locaux. « Car l’accélération constatée des phénomènes climatiques extrêmes et de la hausse des températures se heurtent au temps long des humains à intégrer et mettre en œuvre les changements nécessaires », rappelle Marc-Adrien Weyl. 

Cycles de formation, supports adaptés, expositions, débats, concertation… sont autant d’initiatives à mettre en place auprès des différents publics (élu·es, opérateur·ices touristiques, guides, habitant·es, touristes…) pour qu’ils prennent rapidement conscience du futur paysage de la Baie de Somme si aucune action d’adaptation n’est entreprise. 

# Réaliser une étude du bâti en zone de risque de retrait-gonflement des argiles

L’impact du changement climatique dans la Baie de Somme se fait sentir sur la côte maritime – risque de submersion, recul du trait de côte – mais également à l’intérieur des terres puisque les épisodes de sécheresse récurrents, conjugués aux phénomènes pluviaux extrêmes, affectent les infrastructures par le risque de retrait-gonflement des argiles.

La Baie de la Somme est la plus grande vallée tourbeuse alcaline d’Europe. Or, les tourbières, de plus en plus asséchées, libèrent non seulement du CO2 mais aggravent également l’affaissement du sous-sol argileux, lui-même affecté par le phénomène de retrait-gonflement. 

Outre les permanences de l’espace conseil France Rénov accessible aux hébergeurs touristiques pour améliorer les conditions d’accueil au regard du climat futur, le PNR cherche également à mettre en valeur l’habitat traditionnel picard utilisant le torchis. « Cet habitat typique fait aussi partie du patrimoine paysager à préserver», souligne Marc-Adrien Weyl. Ce matériel naturel ne deviendrait-il pas un modèle à suivre pour des constructions adaptées au climat futur, où les températures en augmentation seraient compensées par l’utilisation d’un matériau écologique respirant ? 

# Anticiper le recul stratégique des biens et des activités touristiques pour faire face à l’évolution du trait de côte

C’est aussi pour inciter les touristes à investir davantage les activités de loisirs à l’intérieur de la Baie de Somme que ce patrimoine bâti est valorisé. « Nous aimerions amener les touristes et les habitant·es à porter un autre regard sur ce qui existe chez eux mais qu’ils ne voient plus, explique le responsable attractivité-promotion. S’ils redécouvrent la richesse de leur patrimoine naturel et culturel local, alors ils seront plus enclin·es à le préserver en changeant leurs habitudes, non pas dans la contrainte mais avec leur adhésion ». 

Changer les habitudes, pour le PNR, revient alors à adapter, déplacer ou reconvertir les activités touristiques actuelles vers l’intérieur des terres en vallée.

Tourisme des quatre saisons avec ancrage dans la vallée de la Baie de Somme

Ouvrir le regard des habitants et des touristes à la multiplicité de l’offre de loisirs présente pour mieux répartir la fréquentation sur l’ensemble du territoire du Parc Naturel Régional, de la côte maritime à la vallée, souligner l’attrait des nombreux villages, des deux principales agglomérations picardes, Abbeville et Amiens, et de la Forêt de Crécy pour promouvoir un tourisme des quatre saisons : les prémices du résultat des actions mises en place par le PNR se dessinent là.

« On constate que de plus en plus d’habitant·es redécouvrent la richesse de leur territoire, que les locataires d’hébergements touristiques et les propriétaires des résidences secondaires s’aventurent maintenant au-delà de la frange de la côte picarde, eux-mêmes gênés, comme les phoques stars de nos rivages, par la surfréquentation, remarque Marc-Adrien Weyl. L’observatoire touristique va nous permettre d’affiner ces données empiriques pour renforcer et mieux accompagner les changements d’habitudes remarqués et développer un tourisme durable pour préserver l’une des plus belles baies du monde. » 

En quoi cette initiative est bonne pour l’adaptation au changement climatique ?

Le changement climatique va rendre le Parc naturel régional Baie de Somme-Picardie maritime vulnérable aux sécheresses, aux vagues de chaleur, aux pluies torrentielles, aux inondations mais aussi aux submersions marines avec un trait de côte qui recule au fil des années. L’augmentation de la température couplée à un régime pluviométrique exacerbé accentue encore ces phénomènes extrêmes. L’identification, par un diagnostic, des activités exposées aux aléas climatiques et leur sensibilité à ces aléas permet d’établir une hiérarchisation des vulnérabilités pour construire une stratégie d’adaptation au changement climatique adéquate

Le projet en bref

Titre de l’opération : Stratégie d’adaptation au changement climatique du Parc naturel régional Baie de Somme-Picardie maritime

Lieu/Échelle de l’action : 134 communes sur les 134 458 ha que couvre le Parc naturel régional de la Baie de Somme-Picardie maritime 

Identification du porteur de projet : Parc naturel régional Baie de Somme-Picardie maritime

Contact : Marc-Adrien Weyl, responsable pôle attractivité-promotion 

06 81 66 30 70 | 09 70 20 14 06 | ma.weyl@baiedesomme3vallees.fr

Partenaires : ADEME, ACTERRA, I CARE

Date de l’opération : 2021-2022

Financement : 100 % ADEME

Bénéficiaires/cibles de l’action : habitants, visiteurs, biodiversité

Documents de référence disponibles : 

Le projet en bref

Titre de l’opération : Stratégie d’adaptation au changement climatique du Parc naturel régional Baie de Somme-Picardie maritime

Lieu/Échelle de l’action : 134 communes sur les 134 458 ha que couvre le Parc naturel régional de la Baie de Somme-Picardie maritime 

Identification du porteur de projet : Parc naturel régional Baie de Somme-Picardie maritime

Partenaires : ADEME, ACTERRA, I CARE

Date de l’opération : 2021-2022

Financement : 100 % ADEME

Bénéficiaires/cibles de l’action : habitants, visiteurs, biodiversité

    Objectifs de développement durable

  • 13. Lutte contre le changement climatique
  • 14. Vie aquatique
  • 15. Vie terrestre

Contact

Marc-Adrien Weyl, responsable pôle attractivité-promotion 

06 81 66 30 70 | 09 70 20 14 06 ma.weyl@baiedesomme3vallees.fr

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