Mis à jour le 23 septembre 2020

On l'appelle "îlot"... mais il bouge ! Le projet de résidence intergénérationnelle Bon Secours, lancé en 2010 par Pas-de-Calais Habitat, évolue en fonction de l'âge et de la situation des locataires, sans perdre son cap.

"Encore un journaliste ? On en a déjà vu quelques-uns !" Heureusement, Frédérique Gamain, habitante de la résidence Bon Secours d'Arras, affiche un grand sourire. Nous sommes dans la salle "collaborative" de l'immeuble. C'est l'heure du café matinal partagé ; dans un coin, un jardinier des environs vend quelques beaux légumes. Et finalement, Frédérique et la dizaine de locataires présents témoignent avec plaisir de la vie dans cette résidence, originale dans le paysage français des HLM... et très appréciée des médias. "L'îlot Bon Secours", appellation officielle, est une réalisation du bailleur Pas-de-Calais Habitat, inspirée d'initiatives belges et québecoises. Elle a pris place, sur 10 000 m2 environ, dans une ancienne clinique désaffectée, à deux pas de la Préfecture et du conseil départemental du Pas-de-Calais.

Innovation à tous les étages

L'ensemble comporte 69 logements, de types 2 et 3 pour l'essentiel, plutôt de belles tailles. Environ 60 % des occupants sont des personnes retraitées, souvent seules. Les autres sont des jeunes couples, avec ou sans enfants. 10 des appartements ont été attribués à des adultes trisomiques ; ce sont des PLAI, des logements dits "très sociaux". Le principe du mélange et de l'échange ne s'arrête pas là. La salle commune et un jardin "suspendu" (sur une grande terrasse) ont été co-aménagés avec les premiers occupants et sont toujours gérés par les habitants. Le jardin sert aussi de cour de récréation à une crèche privée inter-entreprises ("Au clair de la lune"), intégrée à la résidence. L'innovation tient encore dans la gestion de "l'îlot". Une responsable de site, Marjorie Demelin, présente sur place en permanence, assure l'accueil et le suivi des locataires et propose des animations. Et une société prestataire de Pas-de-Calais Habitat (Logista) affecte à la résidence un de ses employés, chargé à plein temps du gardiennage et de l'entretien courant.

Le jardin suspendu
Le jardin suspendu © Îlot Bon Secours

Un collectif mobilisé

Principaux objectifs de l'opération : lutter contre les solitudes, favoriser les relations entre générations. 7 ans après l'ouverture, qu'en est-il ? Ça marche, si l'on en croit Frédérique Gamain : "J'étais seule et j'ai dû vendre ma maison. J'ai été séduite par le projet. Aujourd'hui, je ne m'imagine pas dans un immeuble classique. Ici, on se voit le matin, je rends visite à une dame âgée tous les jours et si je tombe dans mon appartement, je sais qu'un voisin viendra m'aider". Geneviève Moncomble a choisi d'habiter l'îlot Bon Secours parce qu'il se trouvait dans son quartier. Cela ne l'empêche pas d'apprécier les "plus" de la résidence. "On se connaît. Nous avons échangé nos clés. On peut s'aider". Les deux dames font partie d'un collectif informel composé d'une bonne vingtaine de locataires. Ce groupe organise des repas, des sorties, des fêtes. Ses membres entretiennent les plantations de la terrasse, participent à la vie de la crèche, animent un atelier mémoire, un ciné-club, une bibliothèque. "J'ai fait du théâtre, de la peinture et des tas de choses que je n'aurais pas faites ailleurs", rapporte Frédérique Gamain. Le collectif est aussi l'interlocuteur privilégié de la responsable des lieux.

Initiative et responsabilité

"Nous avons choisi cette forme souple d'organisation plutôt que l'association loi 1901, qui peut être plombée par des phénomènes de leadership", explique Rénald Sourisse, chargé des questions de vieillissement, de handicap et de précarité à Pas-de-Calais Habitat. Cela semble plus propice à la prise d'initiative et de responsabilité - ce qu'en bon franglais, on appelle "l'empowerment" - un des concepts fondateurs de l'innovation arrageoise. Il n'empêche : ce cercle informel est très homogène en âge ; il est essentiellement composé de retraités, qui ont du temps à y consacrer. Les autres locataires n'y viennent pas, parce qu'ils ont d'autres rythmes de vie ou qu'ils n'y trouvent pas leur place. "Les trentenaires et quadragénaires sont présents lors des événements festifs, observe néanmoins Rénald Sourisse. L'intergénérationnel est ici conçu comme un plaisir partagé, une manière de vivre ensemble, où chacun se respecte et s'entraide en cas de besoin".

Atelier cuisine dans la salle collaborative

Susciter du mouvement

Les personnes trisomiques, assez présentes au début de l'expérience, ont aussi pris un peu de recul... du fait de leur intégration progressive dans la société. La plupart ont aujourd'hui un emploi. Le travail, ainsi que certains soins et activités sportives, les tiennent en dehors de la résidence la journée. Les retrouvailles ont lieu lors de célébrations du calendrier et autres moments conviviaux. C'est la conséquence d'un accompagnement individuel et collectif réussi, à l'actif de l'association "Down up", animée par des parents de personnes handicapées. "C'est la vie qui va, commente Rénald Sourisse. Le projet Bon Secours évolue avec l'âge et la situation des habitants. Nous ne voulons pas les objectaliser, les figer, pour démontrer le bien fondé de nos théories ! Nous respectons leurs rythmes. Mais la responsable du site continue à proposer des activités en réponse aux besoins actuels, à susciter du mouvement". L'intéressée, Marjorie Demelin, complète : "Je me tiens proche des locataires, je fais en sorte qu'il y ait du lien entre eux, que les éventuels conflits se dénouent, qu'ils puissent compter les uns sur les autres". "Il y a beaucoup d'immatériel, d'impalpable, dans tout cela, renchérit Rénald Sourisse. La capacité à ressentir est aussi importante que la définition de la fonction".

Une équation financière OPTIMISÉE

Le bailleur veille également à l'équilibre structurel de l'îlot Bon Secours. L'immeuble ne doit en aucun cas prendre l'allure d'une maison de retraite et ne peut pas non plus supporter de vacance des logements. A charge pour Marjorie Demelin de maintenir les effectifs respectifs des plus de 60 ans et des jeunes ménages, sachant que chez ces derniers, la rotation est plus forte. Cela passe par un travail en bonne intelligence entre les parties prenantes : la responsable de site, le Département, la Ville, la Préfecture, dans le respect de la loi concernant les attributions des logements. Rapportés au mètre carré, les loyers des appartements de Bon Secours ne sont pas plus élevés que ceux d'un autre immeuble de Pas-de-Calais Habitat, indique Rénald Sourisse. Les services rendus sont organisés selon le système du don et du contre-don ; par exemple, si un locataire utilise la salle collaborative à titre personnel, il prend l'engagement d'offrir un bien ou un service utile à la collectivité. Cela étant, les coûts des postes de la responsable et du gardien ne sont pas entièrement couverts ; pour atteindre le seuil de rentabilité, la formule devrait concerner un plus grand nombre de logements, autour de la centaine. C'est un des enseignements de l'expérience.

Façade de l'IBS
Façade du bâtiment © Îlot Bon Secours

Façade sur rue

Lors de l'inauguration de Bon Secours, les pouvoirs publics avaient souhaité que l'îlot contribue à dynamiser le quartier qui l'entoure, un secteur d'Arras dominé par des grands équipements administratifs et scolaires, et en perte de vitesse sur le plan du commerce. Pas simple. Pas-de-Calais Habitat a joué le jeu en ouvrant ses locaux à des associations extérieures : un club de troisième âge, une chorale ou encore un club de BD. Il a réservé une partie du rez-de-chaussée de la résidence à des cellules commerciales mais seules des activités tertiaires s'y sont installées. Le bailleur a également sollicité l'université d'Arras pour mieux cerner et comprendre les flux et les circulations dans le quartier ; mais les correctifs à apporter ne sont pas de son seul ressort... Une donnée va peut-être faire bouger les choses : l'office achève la transformation de plusieurs immeubles anciens jouxtant Bon Secours. Quatorze nouveaux appartements seront intégrés à l'îlot en 2018, renforçant sa présence sur rue et son ouverture sur la ville...

Identité

Îlot Bon Secours, rue Paul Adam 62000 Arras

  • Création : 2010
  • Coût des aménagements : 22 M€
  • Durée des travaux : 3 ans
  • Composition : 69 logements sociaux, dont dix attribués à des personnes trisomiques
  • Propriétaire et gestionnaire : Pas-de-Calais Habitat
  • Permanents : une responsable de site, un gardien
  • Vocations et principes : mixité intergénérationnelle, empowerment, intégration de personnes handicapées, entraide et convivialité, ouverture sur la ville
  • Ressource : www.pasdecalais-habitat.fr

Contact

Rénald Sourisse, Marjorie Demelin - T : 03 21 60 92 66
Courriel : renald.sourisse@pasdecalais-habitat.fr , marjorie.demelin@pasdecalais-habitat.fr

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